Si j’avais été sensible à certains critiques cinématographiques patentés, je ne serais jamais allé voir ces deux films :
« blockbuster assommant, fiche Wikipédia mal dégrossie, foisonnement très BD, esthétique publicitaire, une caractéristique physique du Général, sa droiture, devient le principe formel du film, répliques douteuses, la fresque fait plutôt pschitt, un film malade, une farce sur la virtualité de la guerre et du pouvoir, académisme emphatique, grotesque à demi-intentionnel, incapable d’incarner une stratégie de mise en scène, une hagiographie du futur père de la Ve République, héroïsation sans ombre, lyrisme échevelé à grands flots de musique, de mouvements d’appareil et de gros plans extatiques, attraction pour le morceau de bravoure, le mot qui fait mouche, la tirade grand style, filmage lyrique, bande-son du même acabit, emphase, exagération, le film peine dans sa mise en scène, trop académique, excès de lyrisme, caricature… »
Mais je suis généralement peu enclin à me laisser influencer par les critiques négatives, d’autant que le nombre d’avis positifs et très positifs était bien plus considérable.
Et la suite m’a donné raison :
Parce que le film de Bérénice Vila et Antonin Baudry respecte la vérité historique, et je l’affirme d’autant plus catégoriquement que j’ai consacré plusieurs décennies de ma vie à lire des dizaines et des dizaines de livres sur De Gaulle, la France Libre, la Résistance.
Certes quelques personnages sont strictement romanesques, inventés, mais ils symbolisent des figures ayant réellement existé et sont nécessaires pour condenser une intrigue qui forme déjà… plus de cinq heures et cela pour une période historique intense mais courte : mai 1940 – novembre 1944.
Parce que la trame de fond : la révolte immédiate et sans concession contre le collaborationnisme assumé de Pétain et Darlan, puis celui enrobé d’ambiguïté de Giraud et d’autres girouettes à partir de fin 1942, fut la dimension historiquement la plus précieuse d’un Charles de Gaulle intraitable et parfois cassant, en ces temps où la France, martyrisée par le nazisme et promise à une docilité future par l’impérialisme US, devait combattre l’un et déjouer l’autre.
Parce que les acteurs sont remarquables : tout d’abord Simon Abkarian magistral dans le rôle de De Gaulle ; Simon Russell Beale qui joue Churchill un peu en retrait dans la première partie mais formidable dans la seconde ; Benoît Magimel puissant dans le rôle du héros Koenig ; Niels Schneider vibrant Leclerc ; Félix Kysyl incarnant avec sobriété le destin tragique de Jean Moulin ; Anamaria Vartolomei plus vraie que son personnage inventé de résistante agent de liaison ; Campbell Scott assez détestable Franklin D. Roosevelt ; Mathieu Kassovitz, sinistre Darlan ; Thierry Lhermitte en Giraud aussi con que nature… et tant d’autres…
Mais d’abord et surtout, surtout, parce que ce diptyque illustre avec éloquence qu’il peut y avoir une morale dans l’Histoire, que la révolte contre l’écrasante fatalité des défaites, des débâcles, des rapports de force défavorables, n’est pas toujours illusoire, ni inutile, ni idéaliste.
Que la grandeur d’un pays ne se résume pas toujours à sa puissance financière et à ses valeurs boursières.
Que De Gaulle, homme de droite conformiste et raisonnable, sut, chance historique inouïe pour la France, incarner l’audace, le courage et l’insurrection et symboliser au plus haut point l’audace, le courage, l’insurrection et souvent le sacrifice de ces hommes et femmes libres, quelques dizaines au début, quelques centaines de milliers à la fin, des pêcheurs de l’île de Sein en juin 1940 aux insurgés parisiens d’aout 1944 qui partout, surent écrire ton nom, Liberté…
Et je ne m’illusionne pas : dans les salles où je vis ces films, la plupart des spectateurs étaient des jeunes, on les sentait vibrer avec émotion, puis à la fin applaudir.
J’étais accompagné d’un adolescent : non seulement il avait tout retenu des épisodes les plus spectaculaires et éloquents des deux films, mais surtout il avait compris, et m’en reparla à plusieurs reprises, la portée morale profonde de la leçon gaullienne…
5 juillet 2026

