2026 08 21 : Haendel, préromantique ?

Mon amateurisme musical, mon dilettantisme radical, que je cultive ou plutôt que je laisse en jachère depuis quatre ou cinq décennies, me procurent parfois un avantage considérable : celui de pouvoir dire ou même écrire n’importe quelle élucubration musicologique sans m’attirer aucune foudre savante.

Aujourd’hui, par exemple, au terme de deux semaines consacrées à l’audition profondément mais profanement attentive d’œuvres de Haendel, il me prend l’envie de dire que ce symbole achevé de l’apogée du baroque fut aussi, peut-être, voire sans doute… un précurseur précoce du romantisme.

Georg Friedrich Haendel (1685 – 1759) un préromantique ? Un siècle avant ?

Oui je persiste car je crois entendre dans nombre de ses compositions ce que je discerne moins souvent chez son quasi-contemporain Bach : une place considérable vouée à l’imagination, à la mélodie, à l’émotion. Or ces trois caractéristiques ne sont-elles pas parmi celles qui distinguent le romantisme, en littérature et poésie tout d’abord, en musique et peinture ensuite ?

Encore que… en peinture, la compassion non plus pour la seule Divinité mais pour la personne ordinaire, on peut la voir pointer le bout de son pinceau non pas un siècle après Haendel mais deux siècles avant ; comme par exemple chez le merveilleux Sandro Botticelli ou encore la pure jeune fille recevant la Visitation immortalisée par la ferveur bouleversée d’Antonello de Messine.

Revenant à mon univers baroque, je ressens donc clairement chez Haendel ce que je ne trouve que chez quelques-uns des compositeurs contemporains (Cavalli, Purcel) : la dimension humaniste, personnelle.

Chez Bach pour parler encore de lui, sa Passion selon Saint-Matthieu comporte de nombreux passages de puissante émotion dramatique ; mais c’est le drame religieux du Fils de Dieu entouré de personnages bibliques et évangéliques et confrontés aux vilenies du démon. Tandis que chez Haendel ce sont les tourments de gens comme vous et moi.

De ce fait on trouve chez Haendel, par-delà le classicisme de Mozart qu’il enjambe, les prémisses des mélancolies et nostalgies de la grande période romantique un siècle plus tard, les atmosphères des Beethoven, Paganini, Chopin, Schumann, Liszt, Schubert Saint-Saëns, Dvořák, Tchaïkovski, Mendelssohn, Brahms, Grieg, Rachmaninov, Rossini, Bellini, Donizetti, Verdi… et il faut que j’en passe !

Cela ruinerait, si je le trimbalais encore, le cliché que beaucoup nourrissent toujours des Britanniques froids, flegmatiques, constamment boutonnés dans leur pudeur émotionnelle et leur understatement : car enfin, cet épanouissement préromantique fut l’œuvre d’un Saxon tellement à l’aise chez les Grands-Bretons que, venu dans leur île pour six mois…il n’en est jamais reparti !

Haendel 1706 – Gloria HWV deest
Emma Kirkby Royal Academy of Music Baroque Orch. dir. Laurence Cummings – 1986

Haendel 1707 – Dixit Dominus HWV 232
Dessay Deshayes Jaroussky Spence Naouri Concert d’Astrée – 2007

Haendel 1739 – Concerto grosso op 6-6 HWV 324
Norddeutsche PO Hans Zanotelli – 1889

Haendel 1739 – Concerto grosso op 6-7 HWV 325
Norddeutsche PO Hans Zanotelli – 1989

Haendel 1739 – Concerto grosso op 6-8 HWV 326
Bratislava CO Pavol Bagin – 1990

Haendel 1739 – Concerto grosso op 6-11 HWV 329
Bratislava CO Pavol Bagin – 1990

Haendel 1739- Concerto grosso op 6-12 HWV 330
Bratislava CO Pavol Bagin – 1990

Haendel 1740 – Allegro Penseroso ed il Moderato HWV 55 – extrait As steals the morn
Ian Bostridge & Kate Royal O of the Age of enlightment H Bicket – 2007

21 août 2026

1475 Antonello de Messine Vierge de l’Annonciation
Galleria Regionale della Sicilia Palermo