2026 08 04 : Jorge Semprún – L’écriture ou la vie

Jorge Semprún (1923-2011) fut l’un des modèles de ma jeunesse. Pour ses livres d’abord : La Deuxième Mort de Ramón Mercader – Quel beau dimanche – La Montagne blanche – Federico Sánchez vous salue bien – L’Écriture ou la Vie… Et pour ses scénarios de films mémorables : La Guerre est finie (Alain Resnais) – Z (Costa-Gavras) – L’Aveu (Costa-Gavras) – L’Attentat (Yves Boisset) – Stavisky (Alain Resnais) – Section spéciale (Costa-Gavras)…

Mais c’est daté, direz-vous. Certes : les livres et films que je viens d’évoquer appartiennent aux décennies 1970-1990 et je suis à peu près sûr que ni mes filles ni mes petits-enfants n’en ont lu ou vu aucun…

Pourtant, néanmoins, ces dernières années et notamment depuis sa mort, moi je les revisionne et je les relis. Certainement pas par nostalgie d’une époque que d’ailleurs personnellement je n’ai pas connue, n’étant pas né ou étant trop jeune. Mais parce que les idées de Jorge Semprún sont d’une brûlante actualité… et plus encore ces derniers temps.

Lui qui a combattu le fascisme au risque de sa vie et s’est affranchi du totalitarisme au risque de son orthodoxie, symbolise, tout autant que d’autres grands personnages de son époque, la farouche opposition politique qu’il faut affirmer haut et fort et manifester en actes contre les tyrans et autocrates de plus en plus nombreux, si nombreux que je ne vais pas les énumérer ; dont la capacité de nuire est considérable et semble s’accroitre inéluctablement… alors que leur ascension est pourtant résistible.

Amies, amis, vous les jeunes et les plus jeunes encore, vous qui semblez dédaigner ou méconnaître les enseignements de l’Histoire, lisez Jorge Semprún. Car il est indispensable de le lire : vous ne penserez plus pareil, pour le restant de vos jours. Il nous jette au visage et à la conscience la dignité du réel immédiat.

Pour être encore plus précis, ses récits autobiographiques, ne les lisez pas d’un seul jet avant de les ranger dans votre bibliothèque : juste quelques pages, quelques chapitres de temps à autre. Sinon (comme pour L’espèce humaine de Robert Antelme par exemple), vous ne pourrez ensuite plus rien lire d’autre huit jours durant, tant le reste de la littérature, même la plus profonde, vous semblera subsidiaire après ses terribles lignes.

4 août 2026