2021 09 03 : Chers camarades – film

Malgré leurs différences culturelles, sociales et politiques, il y a peut-être un point commun méconnu entre la Russie et la France : c’est que le cinéma ose s’emparer de sujets brûlants par leur vérités dérangeantes… sitôt qu’une soixantaine d’années s’est prudemment interposée.

En France, dans quelques semaines allons nous peut-être enfin officiellement dénoncer avec un peu plus de précision objective notre massacre du 17 octobre 1961.

Je dis « massacre », car après le mensonge d’Etat et des médias aux ordres, parlant le lendemain de deux morts, les historiens l’évaluent aujourd’hui entre 50 et 200 victimes.

Et je dis « notre » car le crime ne fut pas seulement commis à l’instigation très insistante de l’infâme préfet de police Maurice Papon, mais sous l’autorité d’un membre de notre gouvernement démocratique : avec l’encouragement plus qu’implicite du sinistre ministre de l’intérieur Roger Frey, qui continuera plus tard de noircir son image avec les huit morts du métro Charonne et sa couverture de l’affaire Mehdi Ben Barka : « Il est marié avec sa police, il ne la commande pas, il la défend » dira de lui De Gaulle.

En Russie, le cinéma vient de traiter un massacre du même ordre et de même ancienneté : en 1962, donc en Union Soviétique, Lioudmila (Yuliya Vysotskaya) est une fonctionnaire aveuglément dévouée au parti. Mais sa fille participe à une grève d’une usine qui tourne mal.

La répression est violente, et là-bas aussi les autorités la dissimulent.

Lioudmila se lance alors à la recherche de sa fille disparue et progressivement ses yeux se désillent dans la double douleur maternelle et du déchirement idéologique.

Ce film d’Andrey Konchalovsky est remarquable, non seulement par son propos de vérité, mais par sa mise en scène épurée et son esthétique en noir et blanc savamment élaborée.

3 septembre 2021

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