2017 11 12 : Irving Penn photographe de mode ?

J’aime la mode, j’ai toujours aimé la mode ; pas toute la mode mais beaucoup de grands couturiers, pour elle-même, c’est-à-dire pour les œuvres d’art qu’elle crée, car ses créations sont les œuvres d’un art (le 8e, le 9e ? peu importe les numérotations greffières).

Mais j’aime beaucoup moins les photographes de mode, je ne les ai jamais trop appréciés, le magazine Photo me faisait rire et Vogue me faisait bailler (je les feuilletais il est vrai uniquement en salle d’attente médicale…). Des angles de prises de vue artificiels (par rapport au regard normal), des tonalités et lumières infidèles (par rapport à l’ambiance réelle d’une présentation ou d’un défilé), des mimiques ridicules imposées aux mannequins… voilà qui creusait encore plus le fossé entre la mode et la vie réelle.

Et puis il y a un certain nombre d’années que je considère les photographes de mode comme gravement responsable, par leurs exigences « esthétiques », de la déchéance anorexique de nombre de top models.

Bref lorsqu’un site Internet vint début septembre me vanter la future exposition d’Irving Penn au Grand palais en l’intitulant « le plus grand photographe de mode » je fus à un clic de jeter à la corbeille ce courriel malvenu. J’ai pourtant changé d’avis et je m’y suis rendu hier. Bien m’en a pris…

Car Irving Penn fut incontestablement un grand photographe de mode, dans le meilleur sens du terme, pour valoriser celle-ci et non la restituer à travers le prisme réducteur d’une vision esthétisante parasite. Il fait au contraire ressortir la quintessence du travail du créateur.

Mais Irving Penn fut d’abord et avant tout un immense portraitiste. Dans un décor minimaliste, souvent formé de deux panneaux formant un dièdre qui oblige le sujet à projeter sa puissance expressive vers l’avant, vers l’appareil photo.

Pour quels résultats ! Les personnages sont tous saisis avec une intensité extraordinaire et ils nous semblent révéler leur vérité première.

Non seulement des top models,

par exemple :
Lisa Fonssagrives
qui deviendra son épouse…
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mais aussi des comédiens
(Al Pacino,
Audrey Hepburn,
Robin Williams,
Sofia Loren,
Marlene Dietrich),

 

des créateurs
(Alfred Hitchcock,
Balthus,
Bergman,
Marcel Duchamp,
Picasso,
Giacometti,
Nureyev,
Yves St Laurent),

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des musiciens
(Stravinsky,
Heifetz,
Jessye Norman,
Miles Davis),

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des écrivains
(Colette,
Simone de Beauvoir,
Truman Capote),

des hommes politiques
(Kennedy,
Gustav de Suède)

et des citoyens du monde ordinaire
comme vous et (surtout) moi :
un poissonnier,
un pompier,
des Indiens du Pérou,
des laveurs de vitres
des Africains du Dahomey,
des bouchers,
un facteur,
des Marocains,
des maçons,
des vitriers,
des boulangers…

ou encore des natures mortes.

(à voir jusqu’au 29 janvier 2018)

12 novembre 2017