Edito H&T : Bas les pattes M. Barroso !

Bas les pattes M. Barroso !

Barroso

Voici donc que le porte-voix patenté de l’intégrisme libéral, M. José Manuel Barroso, pour un an encore président de la Commission européenne, s’en prend – même s’il feint de s’en défendre – à l’exception culturelle française. Ce qui l’irrite ? Qu’un secteur entier de l’activité humaine échappe à la loi du marché et que le veau d’or qu’il idolâtre ne se soit pas encore totalement emparé de l’art et de la culture. Dieu sait pourtant que l’argent a considérablement renforcé son emprise dans ce domaine : sans même parler des montants fous qu’atteint désormais la moindre vente d’objets d’art, tout visiteur de musée ou d’évènement culturel aura observé combien les mercantis occupent de plus en plus de terrain, de boutiques, nous fourguent des « reproductions » made in n’importe où, des « beaux livres » jetables, des produits culturels périssables…

Mais ce n’est pas encore assez ! Qu’un Etat démocratique, donc ses citoyens, ait encore la volonté politique d’aider ou subventionner la culture, pour qu’elle reste diversifiée et soit mieux accessible, voilà ce qu’insupporte José Manuel Barroso et en termes nuancés s’il vous plaît : « programme antimondialisation que je considère comme totalement réactionnaire ».

Pourquoi ici évoquer cette offensive contre le service public de la culture ? Mais parce que, bien entendu, les prochains services d’intérêt général dans le collimateur des sectaires barrosistes, qui n’ont rien reconnu, donc rien appris, des désastres qu’ils ont provoqués en Irlande, en Grèce, au Portugal, en Espagne, en Italie…. et ailleurs bientôt, ce seront, ce sont déjà un peu, les services et prestations de santé et sociales.

Les prestations sociales ? La normalisation libérale est déjà largement engagée : voir récemment la mise en demeure infligée à la France par la Commission d’avoir à « réformer », donc sabrer, ses régimes de retraite par répartition (et ceux par capitalisation ? la Commission ne se sent pas concernée, donc liberté, liberté chérie pour tous les marchands de produits de prévoyance et d’assurance, de solidarité fictive, pseudo mutuelles, loups déguisés en agneaux…).

Mais les prestations de santé ? Elles semblent protégées par le Traité  de Maastricht du 7 février 1992, qui dans sa rédaction actuelle et en vertu des principes d’attribution et de subsidiarité, affirme que la Commission n’a pas attribution pour prendre des directives dans ce domaine, la définition des politiques nationales de santé demeurant une compétence exclusive propre aux États membres et l’action de l’UE ne devant comporter ni l’organisation ni la fourniture de services de santé et de soins médicaux.

Mais pour combien de temps encore ? Car chacun observe que la majorité des pays membres de l’Union a glissé vers la privatisation et la marchandisation des prestations de santé. Et notre cher pays, tout obsédé de retrouver le chemin de la vertu financière, et notre inébranlable gouvernement, tout drapé de fermeté face à Bruxelles « qui ne lui dicte rien »(lol !), vont-ils alors édifier une ligne Maginot contre ce résistible appétit des puissances financières lorgnant depuis si longtemps sur ce marché ? Car marché juteux il y a, dès lors qu’on l’aura dépecé par appartements : aux opérateurs privés la patientèle solvable, aux assistances publiques les pauvres, malades chroniques, apatrides ou malchanceux…

Après la démolition de l’exception culturelle française, réactionnaire et nationaliste, vous allez adorer la mise en extinction de la santé publique, archaïque et onéreuse

Dominique Mathis – [email protected]