Joie ! Celle d’aller écouter à nouveau la pianiste russe Alexandra Dovgan : ça ne m’était pas arrivé depuis octobre 2024 au Théatre des Champs-Elysées, puisque pour son concert à la Fondation Louis Vuitton il y a un an, en mai 2025, je n’avais pu obtenir une place, ce petit auditorium n’en proposant que 300.
Ce 13 mai 2026 au TCE, Alexandra Dovgan était programmée en soirée, tandis que les six précédentes fois où elle y était venue (novembre 2019 à douze ans, janvier 2021, mars et décembre 2022, mai et octobre 2024) c’était au concert du dimanche matin. Depuis quelques décennies que je fréquente cette salle prestigieuse, je n’ai jamais compris quelle hiérarchie distribue les artistes entre ces deux horaires, à supposer qu’il y en ait une.
En tout cas, soir ou matin, la fascination exercée par Alexandra Dovgan est toujours hors du commun, au point qu’on peine à imaginer de quelle façon elle pourra s’améliorer davantage, elle qui n’a pas encore 19 ans !
Son interprétation nous a gratifié une fois de plus du jeu de « l’école russe », qu’illustrèrent d’époque en époque des pianistes légendaires ; parmi eux le supposé mentor d’Alexandra : Grigory Sokolov, que j’admire depuis 60 ans puisqu’il a mon âge et se fit connaître dans le monde entier à seize ans en remportant le premier prix du Concours international Tchaïkovski en 1966.
Quelques critiques pianistiques émettent des réserves sur cette école russe et donc sur le jeu Alexandra Dovgan, qu’ils trouvent « parfois tonitruant, monochrome, déclamatoire, sans mystère, trop lisse… ». N’étant pas musicologue patenté mais mélomane débutant, j’avoue que ces considérations me dépassent. Ce qu’est l’école russe, au-delà du rejet résolu de tout sentimentalisme sirupeux et du respect scrupuleux de la partition, je ne saurais le dire : le Russe Sviatoslav Richter et l’Ukrainien Vladimir Horowitz y furent catégorisés et pourtant quelle différence dans leur jeu !
Sur un autre point, j’ai vérifié l’intelligence d’Alexandra Dovgan et son respect – mieux son estime – pour le public : elle avait décidé d’inscrire au programme une œuvre de Franz Schubert qui est, on le sait, l’un de ses compositeurs préférés ; elle aurait pu choisir une pièce « facile » à entendre et à aimer, il en est de nombreuses parmi les Impromptus, les Moments musicaux ou les Valses. Non : Alexandra a choisi de nous faire entendre la sonate n° 19 D.958, l’une de ses dernières oeuvres. Composition plus longue, plus dense, qui requiert une écoute plus soutenue, mais ô combien significative dans le très bref parcours de l’astre Schubert.
Schubert – sonate piano en do mineur n° 19 D.958 Allegro – Sokolov 2007
Schubert – sonate piano en do mineur n° 19 D.958 Adagio – Sokolov 2007
Schubert – sonate piano en do mineur n° 19 D.958 Menuetto Allegro-trio – Sokolov 2007
Schubert – sonate piano en do mineur n° 19 D.958 Allegro – Sokolov 2007
13 mai 2026
