2026 03 22 : Arundhati Roy, écrivaine exemplaire

J’ai lu le premier roman d’Arundhati Roy Le Dieu des Petits Riens au début des années 2000.

C’est un roman exemplaire au sens où, à partir d’une intrigue banale en Inde : la vie de jumeaux, Estha et Rahel, qui subirent dans leur première enfance des malheurs familiaux, l’autrice nous montre comment les conventions et les structures sociales dans son pays entretiennent et même justifient les inégalités, la précarité, dans tous les domaines de la vie quotidienne.

Comment ces habitus, ces « petits riens » présentés et largement admis comme « naturels », fondent, fatalisent et perpétuent l’infâme système des castes.

Arundhati Roy a expliqué que ce roman comportait une large part d’autobiographie familiale de son enfance ; il eut un succès mondial y compris en France. Pourtant on oublia vite son existence littéraire et son deuxième roman, Le Ministère du bonheur suprême, paru en 2018, ne rencontra pas de grande audience.

Parallèlement, ou plutôt indissociablement, Arundhati Roy est une militante des droits de l’Homme, des droits des femmes, de l’altermondialisme comme antidote du nationalisme outrancier, de la lutte contre les inégalités, du respect de la dignité humaine, de l’écologie, des libertés d’expression et de communication, de la démocratie remède à la violence d’Etat, bref de ce que nous appelons les Lumières universelles (mais que certains relativisent comme système de valeurs circonscrit à notre culture occidentale).

Il est consternant que la non-violence soit reniée au pays de Gandhi. Arundhati Roy est en butte à la censure et à la répression judiciaire (depuis l’émergence politique de Narendra Modi et l’effondrement du Parti Congrès Indien qui suivit un peu la trajectoire de notre PS) à cause de sa critique du fondamentalisme hindou, nationalisme religieux agressif contre notamment les musulmans, ou encore du saccage de sites naturels au nom de grands travaux.

Elle s’est engagée dans l’écriture d’ouvrages militants et politiques, d’abord pour dénoncer de prétendues ONG qui sont des pseudopodes des gouvernements occidentaux, de la Banque mondiale et des multinationales pour affaiblir la résistance du peuple au néolibéralisme. Puis elle publia ses enquêtes approfondies dans les états où est implantée de longue date la guérilla naxalite, ce qui lui valut d’être accusée par des médias disciplinés d’être inféodée au projet politique de ces insurgés maoïstes, alors qu’elle ne l’a jamais été.

Ces temps-ci, Arundhati Roy revient enfin dans notre actualité littéraire (par exemple, La Grande Librairie du 25 février 2026) pour son dernier livre autobiographique Mon refuge et mon orage.

Par maints aspects, il nous interpelle et nous concerne : lisons-le !

22 mars 2026

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