2025 07 13 : Georges Simenon, le romancier du siècle ?

Il peut le dire ? Oui je peux le dire ! L’affirmer sereinement, le proclamer crânement, m’en prévaloir et m’en rassasier… avant de le relire : j’ai tout lu de Georges Simenon (1903-1989), ses 75 volumes de romans et nouvelles parus entre 1965 et 1973 aux Editions Rencontres et que me léguèrent mes chers parents.

Tout lu ? A la vérité presque, presque, mais j’ignorais et n’ai donc jamais lu les livres qu’il publia sous des pseudonymes qu’il ne rattacha pas à son nom ultérieurement. Je n’ai pas réussi à lire non plus ses Mémoires intimes car ce n’est pas un genre que j’affectionne.

On me pardonnera ces exceptions plutôt mineures en regard de la pagination considérable des 75 volumes précités.

On appréciera la dévotion éprouvée pour Simenon dès ma jeunesse lorsque j’aurai avoué que je n’ai pas encore terminé la lecture, malgré mes soirées d’hiver studieuses, d’aucune des autres grandes séries des grands auteurs qui ornent ou envahissent ma bibliothèque :

Ni les 23 romans en 26 volumes de François Mauriac, ni les 39 pièces en 12 tomes de William Shakespeare, ni les 22 romans d’aventures en 27 volumes de Jules Verne, ni les 88 titres de La Comédie humaine d’Honoré de Balzac, ni même les 20 épisodes des Rougon-Macquart en 5 volumes Pléiade d’Emile Zola, pas davantage les pourtant concis 7 tomes d’A la recherche du temps perdu de Marcel Proust ; et encore moins les 18 pseudo-épisodes en 967 pages du pseudo-roman Ulysse de James Joyce.

Aucune lecture intégrale équivalente ? Je mentirais en taisant que j’ai lu aussi la somme d’un autre considérable auteur de la littérature : les deux cent quatre-vingt-huit romans de Frédéric Dard.

En de nombreux points ces deux écrivains me semblent comparables, dussé-je soulever l’indignation outragée des thuriféraires de Simenon : comme lui, Dard consacra 200 de ses romans à un personnage récurrent, non pas Maigret mais San-Antonio ; comme Maigret, San-Antonio est un commissaire de police qui élucide toujours les situations les plus difficiles ; comme Simenon, Dard manie une langue française limpide et à la portée de tout lecteur, même si le vocabulaire de Dard est disons plus fleuri que celui de Simenon ; chez tous deux la peinture des situations, ambiances et atmosphères est magistrale ; chez tous deux il y a l’alcoolo de police : chez Simenon c’est Maigret qui ne cesse de s’enfiler armagnac, vin blanc et bières, chez Dard c’est Béru qui lichetrogne tout ce qu’il trouve sans exception… Quant à la boustifaille, Maigret autant que Béru se gavent de blanquette, tête de veau, fricandeau à l’oseille, choucroute et coq au vin.

Alors, si j’affirme tenir Georges Simenon pour l’un des plus grands romanciers francophones du XXe siècle, vais-je devoir expliquer longuement et savamment quels sont les talents littéraires sur lesquels je fonde l’admiration que je lui porte ? Rassurez-vous, non : d’autres, nombreux et considérables (à commencer par André Gide) l’on fait avant moi, je ne saurais les égaler dans le panégyrique.

Alors, ses défauts, ses tares ses vices ? Quand j’aurai dit que ma mère qui l’adorait était scandalisée de l’avoir entendu exposer un jour dans un entretien télévisé qu’il avait eu environ 10 000 partenaires sexuelles dont 80 % de prostituées ; quand j’aurai relaté que mon père était plus que gêné par l’antisémitisme manifesté dans nombre de ses romans d’avant-guerre, même si un antisémite d’avant 1939 ne pouvait deviner quelle épouvantable déclinaison criminelle lui donnerait le nazisme, même si les biographes ont montré qu’il fut lâche et opportuniste avec l’occupant mais ne dénonça jamais aucun Juif.

Pour le reste je n’ai rien à ajouter quant à ces ombres du personnage en dépit desquelles son œuvre est immense.

13 juillet 2025