2021 06 17 : Schubert, Chabert, la mort qui rôde

Aussi loin que je remonte dans ma mémoire musicale, j’ai toujours associé Franz Schubert à la mort, au point d’être persuadé que s’il composa prolifiquement des centaines d’œuvres, c’est parce qu’il savait qu’à 31 ans il serait mort.

31 ans ! Quelle époque terrible… Et pour sa fin tragiquement précoce nul ne pourra même prononcer le cri de colère de Saint-Exupéry et Cesbron « c’est Mozart qu’on assassine » puisque Schubert est mort, naturellement, banalement, de la typhoïde.

Napoléon masque mortuaire 1821

J’ai donc toujours ressenti dans nombre de ses œuvres ce signe de la mort lui murmurant à l’oreille qu’elle viendrait bientôt le chercher. Elucubration, évidemment, car rien dans sa biographie (que je connais d’ailleurs peu, n’étant pas amateur de ce genre littéraire) sinon « l’étincelle divine » invoquée à son sujet par Beethoven, ne vient attester une prémonition de sa part. Mais il n’empêche : même dans ses œuvres allègres je ne peux m’empêcher d’entendre le doux sifflement de la Grande faucheuse.

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Or un jour je constatai qu’un cinéaste avait sans doute éprouvé une sensation voisine de la mienne : Yves Angelo, lorsqu’il porta au film en 1994 Le Colonel Chabert de Balzac.

Napoléon au soir d’Eylau

Chabert, héros de l’épopée napoléonienne, laissé pour mort sur le champ de bataille d’Eylau en 1807, revient en France dix ans plus tard, trouve sa femme remariée, sa fortune détournée, son existence même niée. Interprété par un Gérard Depardieu au sommet de son art, Chabert, devenu misérable pensionnaire d’hospice, se remémore obsessionnellement la charge de son régiment de cuirassiers où la Mort vint pour le prendre, le tutoya, le baisa sur la bouche, mais décida de lui laisser ce cruel sursis.

La Mort… Et la musique choisie par Angelo pour cette séquence centrale du film ? L’andantino de la sonate pour piano n° 20 (D.959) de Schubert. L’effet est saisissant, tout simplement.

Tellement, d’ailleurs, que 25 ans après ce film, cette scène est projetée somptueusement dans l’une des salles de la belle exposition Napoléon qui vient de s’ouvrir à la Grande halle de La Villette.

Yves Angelo – 1994 – Le Colonel Chabert

17 juin 2021