2018 02 02 : Léo Ferré, avec le temps, va… tout va bien

Avec le temps : cette chanson est devenue le symbole achevé de la lamentation sur les années qui passent et qui n’épargnent rien, ni la folle jeunesse, ni le bonheur ni l’amour.

Et je vois combien de vieux (souvent moins vieux que moi, mais vieux quand même un peu !) l’écouter avec mélancolie, parfois même en larmoyant… avant de demander au garçon un autre verre, de gaillac blanc ou de cahors rouge (c’est selon la saison et le degré de déploration qui va avec).

Bon, c’est vrai, « quand c’est fini, on n’aime plus… » c’est pas gai et ça fait référence à ce qui peut arriver à n’importe lequel d’entre nous, et qui d’ailleurs arrive souvent (j’écris « lequel » car manifestement la chanson dont je vous cause est une complainte masculine).

Léo, lui, c’est son union avec Madeleine qui s’est disloquée.

Pourtant Léo compose cette chanson en 1969 alors qu’il a déjà rencontré Marie-Christine, et ils auront trois enfants, et il finira sa vie heureux et plus que jamais créatif, en Toscane, 24 ans plus tard… et certainement pas « tout seul peut-être mais peinard ».

Un vers se glisse d’ailleurs comme un indice au mitant du texte :

« Avec le temps, va, tout va bien »

Chanson qu’il chantera jusqu’à son dernier récital, comme pour relativiser la mélancolie qui s’empara de lui à des époques cruciales de sa vie.

J’en retiens quant à moi le pouvoir magique de la femme à rattraper l’homme par les cheveux lorsqu’il en a besoin. Et Léo en avait, des cheveux et des besoins d’être tiré de situations difficiles, ce poète tourmenté, après la venue d’un succès sans doute imparfaitement assumé et son aventure-mésaventure à Pech-Rigal dans le Lot, où je m’en fus un jour en pèlerinage ; mais là-bas, de lui et Madeleine… avec le temps, il ne reste rien, sinon la cage de la chimpanzée Pépée.

Léo donnera une sorte de post-scriptum à la désespérance excessive d’Avec le temps, dans l’une de ses dernières chansons, La lettre, qu’il adresse bien évidemment à Marie-Christine. Et quelle belle déclaration :

« Je meurs dans toi, et nos morts rassemblées feront une nouvelle vie »

Sacré Léo !

2 février 2018

Léo Ferré – Avec le temps

Léo Ferré – La lettre