2014 03 31 : Pour une surprise, voilà une bonne surprise ! (Rouge majeur – Denis Labayle)

2014 03 22 Paris Salon du livre Denis Labayle - 206L’inattendu, par définition, survient… quand vous ne vous y attendez pas ! Ainsi l’ai-je encore éprouvé récemment : je connais Denis Labayle depuis une bonne dizaine d’année, il fut médecin chef de service au centre hospitalier de Corbeil-Essonnes et à ce titre je l’avais interviewé plusieurs fois. C’est un ami à partir d’une passion qui nous est commune : l’hôpital public, la santé, l’éthique médicale. J’avais donc évidemment lu ses essais dans ce domaine : La Vie devant nous, enquête sur les maisons de retraite (1995), Tempête sur l’hôpital (2002) et Pitié pour les hommes : l’euthanasie, le droit ultime (2009).

Mais Denis Labayle écrit également des romans et nouvelles et j’avais lu Noirs en blanc (2011), Nouvelles sur ordonnance (2013) et son tout dernier : A Hambourg, peut-être… Ouvrages qui, « naturellement » mettent en scène des médecins et des soignants dans leur parcours personnel et professionnel (« naturellement » étant ce qui passait pour évidence à mon entendement étroit : un médecin écrit sur la médecine).

Labayle - Rouge majeurOr voici que je viens de lire, hier, un roman de Denis, paru en 2011, Rouge majeur.

Surprise : un roman qui ne traite ni de près ni de loin la médecine ! Surprise encore plus vive : ce roman traite fictivement mais très possiblement des derniers jours de la vie d’un grand peintre !

Surprise encore plus agréable : le peintre en question est justement mon peintre contemporain préféré (enfin là quand je dis « contemporain » non seulement je ne réalise pas à quelle génération datée j’appartiens désormais, mais j’exagère encore un peu plus, car ce peintre est mort… lorsque j’étais petit enfant, en 1955). Je dois donc plus exactement dire que c’est pour moi le plus grand peintre de la génération ayant suivi celles des monstres sacré Picasso, Braque, Klee, Kandinsky, Gris, Miro, Modigliani, Matisse… pour n’en citer que quelques-uns.

Ce peintre c’est Nicolas de Staël.

De StaelJ’ouvris ce roman, je dois l’avouer, avec une forte appréhension : je pensais jusque là qu’il est très difficile d’écrire sur des peintres, des cinéastes ou des musiciens ; chaque art ayant par définition son langage, la littérature ne peut paraphraser la perception picturale. Et bien souvent les livres que j’ai lu sur des peintres étaient des biographies m’ayant laissé sur ma faim.

Tandis que là, eh bien non ! Denis a trouvé la solution pour décrire, en 200 pages, les derniers jours de Nicolas de Staël, qui on le sait le conduisirent tragiquement au suicide. Mais il n’y a aucun voyeurisme : les pages les plus intimistes ou introspectives concernent uniquement le narrateur, journaliste américain chargé de réaliser un reportage sur le peintre. De la pudeur donc, mais sur un ton tellement véridique qu’on se persuade que Nicolas de Staël, dans ces derniers jours, était exactement tel que cette fiction nous le montre.

De Stael Maison AntibesEt surtout, gageure remarquable, les descriptions de quelques tableaux célèbres de De Staël, tout en évitant le style muséographique, m’ont procuré une très forte sensation car en les lisant je croyais de mémoire avoir le tableau sous les yeux, et m’étant reporté à leur reproduction, j’ai vérifié que le talent du romancier avait été puissamment évocateur : ainsi du Grand Nu orange, du Nu couché bleu, ou encore de la série Les Footballeurs et enfin du dernier tableau peint dans la souffrance juste avant la fin tragique : Le Concert.

Alors, si vous aimez Nicolas de Staël, vite lisez Rouge majeur.

Editions dialogues www.editions-dialogues.fr

31 mars 2014

De Stael Nu couché bleu

 

De Stael Nu Orange

De Stael Le ConcertDe Stael Footbal