A ma connaissance il n’y a pas encore eu de film de fiction ayant pour contexte le mouvement des Gilets jaunes (fin 2018 – début 2019) alors je n’allais pas me refuser la curiosité d’aller voir celui-ci, au risque de tomber sur un nanard.
Eh bien non, de nanard il n’y a pas, au risque de décevoir ceux qui attendaient un brûlot simpliste en faveur du plus grand mouvement social spontané depuis Mai-68.
Car Thomas Kruithof a réalisé un film témoignant de compréhension distanciée et de soutien nuancé à ce moment historique, si décrié pour sa violence (les plus violents ayant été les politologues et commentateurs conservateurs qui n’ont voulu voir dans ces violences que leurs aspects destructeurs, sans expliquer leurs causes premières, ni dévoiler les tactiques occultes du pouvoir les favorisant afin de livrer au 20 heures télévisuel des images bien fumantes et castagnantes, comme en Mai-68 vous dis-je !).
Thomas Kruithof a construit son œuvre sur un scenario intéressant parce que ressemblant à nombre de situations familiales fréquentes : Karine (Virginie Efira) et Jimmy (Arieh Worthalter) forment un couple solide après vingt ans de vie commune et avec deux enfants.
Karine travaille dans une usine alimentaire ; Jimmy est chauffeur routier, en ayant à gérer sa petite entreprise et les grands emmerdements qui vont avec. Le mouvement va mettre en péril leur union car Karine partage la colère, l’espoir de changement, la pugnacité des foules, tandis que Jimmy voit surtout ses difficultés s’amplifier.
Les acteurs sont d’une grande justesse ; je n’imaginais pas Virginie Efira dans ce genre de personnage.
Le réalisateur fait preuve d’une finesse psychologique rare pour faire coexister dans l’intrigue l’effervescence sociale et le drame intimiste.
C’est notre système politique à bout de souffle, violent, provocateur, manœuvrier et surtout monstrueusement hypocrite, qui en sort en charpies.
7 novembre 2025

