Généralement, j’aborde avec réserve les biopics dont on m’a déjà indiqué que la tonalité subjective prévaut sur la dimension historique.
Cependant le film est fondé sur le roman du même nom d’Olivier Guez, prix Renaudot 2017, que j’avais apprécié.
Alors finalement, qu’en dire ?
Le réalisateur Kirill Serebrennikov met effectivement l’accent sur la noirceur du personnage et de ses complices ; ce qui lui est facile. Car chacun connaît l’intrigue : dans les années suivant la Seconde Guerre mondiale, Josef Mengele (August Diehl) « L’Ange de la Mort », médecin nazi à Auschwitz, disparaît en Amérique du Sud : Argentine, Brésil, puis Paraguay et y refait sa vie dans la clandestinité.
Comme je le craignais, Serebrennikov insiste, plus encore que le roman, sur la dimension psychologique du criminel incapable de faire face à son passé cauchemardesque. Beaucoup moins sur sa nature de bourreau, pourtant bien pire qu’ordinaire puisque, médecin, il perpétra personnellement des centaines de crimes et tortures abjects.
Alors oui, le film est, non seulement en noir et blanc, mais très noir, sinistre. Quant à moi j’aurais préféré que la noirceur mise en lumière, si j’ose dire, fut celle du sadisme historique pour tenter de l’expliquer, davantage que celle de l’ex-sadique pas même en proie au remords.
L’autopsie du Mal s’étant emparé d’un homme de science et de soins est à peine ébauchée. Le dessein du réalisateur, qui était peut-être de nous alerter sur la permanence de la barbarie en notre temps, est fugace et manque d’éloquence.
Pire encore, il n’évite pas toujours une certaine esbrouffe. L’esthétisme d’une ordure en décrépitude… merci bien ! Nous sommes loin d’Hannah Arendt et de sa thèse sur la banalité du mal que décalquait à sa manière Olivier Guez.
Néanmoins, le réalisme glaçant des rétrospectives sur les années d’épouvante, des images et situations décrites par Serebrennikov, est salubre, car elles frapperont les spectateurs plus efficacement que le propos d’un roman. Il sera donc peut-être pédagogique de faire voir le film à des adolescents pour les alerter sur le danger de la bête immonde qui s’efforce de revenir.
25 octobre 2025

