Arthur Rimbaud ambitionnait de se faire « voyant » : il le dit dans ses deux célèbres lettres de mai 1871 à Georges Izambard, son ancien professeur de collège et à Paul Demeny son ami poète.
Ces lettres je les ai lues un nombre incalculable de fois puisque l’œuvre de Rimbaud, qui est mince (250 pages y compris ces lettres), je la fréquente trois ou quatre fois par an.
Dans sa lettre à Demeny il énonce une série impressionnante de proclamations qui vont proprement révolutionner la poésie dans les décennies suivantes, jusqu’au surréalisme et même au-delà. Je croyais connaître par cœur les voyances de ce Voleur de Feu.
Erreur !
Car voici qu’à la faveur d’une nouvelle lecture et pile-poil à l’occasion de la Journée internationale des luttes des droits des femmes, je tombe sur ce passage enflammé de l’extraordinaire voyant :
« Quand sera brisé l’infini servage de la femme, quand elle vivra pour elle et par elle, l’homme, ‑ jusqu’ici abominable ‑, ‑ lui ayant donné son renvoi, elle sera poète, elle aussi ! La femme trouvera de l’inconnu ! Ses mondes d’idées différeront-ils des nôtres ? ‑ Elle trouvera des choses étranges, insondables, repoussantes, délicieuses ; nous les prendrons, nous les comprendrons. » [1]
Alors peu importe qu’Arthur n’ait peut-être pas vécu en féministe accompli, le terme d’ailleurs n’existait pas et le déjà ex-poète fut rapidement embarqué dans une vie aventureuse qu’on n’a pas fini d’élucider : il a écrit ces phrases, joyaux étincelants parmi tant d’autres de son œuvre !
8 mars 2020
[1] Rimbaud à Paul Demeny, Charleville 15 mai 1871, Œuvres complètes, Bibliothèque de la Pléiade édition 1972, page 252
