2015 08 09 : Les merveilles de la Roque d’Anthéron

La Roque d’Anthéron ? Sans doute le plus grand festival de piano du monde, depuis déjà 35 ans. Non seulement par sa durée (presque un mois), par le nombre de pianistes, organistes et clavecinistes qui s’y donnent à entendre (près de 70), les orchestres concertants (les magnifiques Sinfonia Varsovia et Orchestre philharmonique de l’Oural). Un festival de niveau extraordinaire. Ceci dit sans mésestimer bien entendu les autres festivals estivaux… notamment les 99,9 % que je ne connais pas.

On sait comment ce festival est né, en 1981, grâce à deux hommes hors du commun, pour ne pas dire visionnaires :

  • Paul Onoratini, maire de La Roque ; Jean-Pierre a pris le relais de son père en 2007, qu’il a ensuite passé en 2014 à son jeune frère Michel… Une famille au service du piano et des mélomanes !
  • René Martin, un créateur d’évènements qui a conçu depuis, avec le même génie et la même réussite, entre autres : le Festival de la Grange de Meslay, le Festival de l’Abbaye Royale de Fontevraud, La Folle Journée de Nantes, La Folle Journée de Varsovie… excusez du peu !

Pour faire face à cet immense succès (90 000 auditeurs attendus cette année) les récitals et concerts se répartissent sur une douzaine de sites : à La Roque bien sûr, dans le parc du château de Florans et dans le cloître de l’abbaye de Silvacane ; au Château-Bas à Mimet ; à l’église Notre-Dame de l’Assomption à Lambesc ; à l’église Saint-Jean-de-Malte, au Grand Théâtre de Provence et au musée Granet à Aix-en-Provence ; au théâtre des Terrasses à Gordes ; aux carrières de Rognes ; au temple de Lourmarin ; au domaine de l’étang des Aulnes à Saint-Martin-de-Crau ; en l’église Notre-Dame de Beaulieu à Cucuron

festival-international-de-piano-1373555456-30944Les pianistes ? Tous les grands talents ne sont pas là (il faut qu’ils honorent, et heureusement pour eux, les 99,9 % autres festivals estivaux) mais le florilège est impressionnant.

Parmi les quelques-uns que j’ai eu la chance d’entendre en concert : Kotaro Fukuma, Iddo Bar-Shaï, Adam Laloum, Anna Vinnitskaya, Frank Braley, David Kadouch, Grigory Sokolov, Daniil Trifonov, Abdel Rahman El Bacha. Pour chacun d’entre eux, il faudrait qu’un jour je discipline ma plume à décrire comment je ressens leurs interprétations et comment la variété et les différences de celles-ci sont fascinantes et rendent vains les classements, notations, top10 par ci, top5 par là… Mais je recule encore et encore devant la difficulté de l’exercice.


Mais ce soir 8 août, le cadre féérique du château de Florans accueillait la prodigieuse Khatia Buniatishvili et son piano magique… Alors pour parler de Khatia je suis brusquement en proie à une certaine prolixité !

Pourtant, le programme qu’elle nous donnait, j’en connaissais par cœur presque toutes ses interprétations : de Moussorgski les Tableaux d’une exposition ; la Valse de Ravel et de Stravinsky des airs de Petrouchka. En bis, le menuet de la suite n°1 HWV 434 de Haendel dans la transcription de Wilhem Kempff ; et le prélude n° 4 de Chopin.

Presque toutes ses interprétations… sauf celle de la rhapsodie hongroise n°2 de Liszt.

Rhapsodie hongroise n°2 do # m – Khatia Buniatishvili

L’entendant donc pour la première fois sous ses doigts, je fus à nouveau sidéré : je gardais en mémoire la version de György Cziffra enregistrée vers 1960, il avait environ 40 ans ; comment fait donc Khatia à 28 ans pour en délivrer une interprétation encore plus dense, profonde, alliant miraculeusement la puissance et la délicatesse ?

Rhapsodie hongroise n°2 do # m – György Cziffra

Dans le parc de Florans, les admirables platanes et les séquoias gigantesques avaient fait silence et les cigales cessé de striduler…

la roqueComment fait donc Khatia pour irradier, déjà, une telle maturité ? Voici offert, à ma réflexion persévérante mais besogneuse (puisque qu’hélas je ne pratique aucun instrument), un difficile sujet de méditation…

9 août 2015