Livre : L’épidémie et la démorésilience

Un concept émergent

 

épidémie et démorésilienceLa démorésilience représente pour une population une résistance antimicrobienne collective, émergence de la résistance antimicrobienne de chacun de ses membres ; elle ne peut s’écarter de l’expérience antimicrobienne des autres. Un état de démorésilience est issu du compagnonnage et de la coévolution entre Homo sapiens et le microbe – ce que nous pouvons appeler démorésilience naturelle – ainsi que de la correction culturelle, anthropique de la démorésilience naturelle. La démorésilience n’est pas l’éradication de l’épidémie. Mais au terme de l’affrontement, la démorésilience nouvelle, émergeant de la confrontation, atteste de « l’amélioration » de la population dans sa relation avec le microbe en cause. Cela ne préjuge en rien des conséquences d’une autre querelle avec un autre microbe vis-à-vis duquel la démorésilience n’existe pas, en tous cas pas encore. La réalité nous indique que notre quotidien dans le monde du microbe est plutôt pacifique avec le possesseur des lieux. Reconnaissons qu’en termes de nombre de vivants, le microbe qui nous dépasse amplement nous permet une vie assez paisible. L’homme associé à ses microbes qui l’enveloppent et qui le peuplent peut connaître des antagonismes avec certains d’entre eux. Cette situation conflictuelle est exceptionnelle eu égard aux nombres d’humains, pratiquement 7 milliards, et de leurs microbes vivant dans leur intimité, grossièrement 7×1023 bactéries ou pour concevoir mieux le nombre astronomique : 7×1014 milliards de bactéries vivant sur les humains, un nombre que nous sommes hélas pratiquement incapables de nous figurer comme nous le faisons des cinq doigts de la main. À cela il faut ajouter, pour le moins, les virus et les parasites. En dépit de ce concubinat permanent entre homme et microbe, l’épidémie, bien que palingénésique, est rare ; l’harmonie homme – microbe est infiniment plus fréquente que le conflit.

L’homme transmet ses gènes mais également sa culture et ses microbes. Les épidémies, les pandémies ont été et sont des génératrices de diversité génétique et culturelle ; il n’y a pour comprendre cela qu’à dresser la longue liste des chefs d’œuvre inspirés par le microbe. Les pestes appartiennent à la boucle de rétroaction de la diversité. On s’accorde pour dire que s’il y a aujourd’hui autant d’animaux et de végétaux c’est en raison de la diversité engendrée par le microbe parfois porteur de maladie. Le microbe, par son influence sur le génome, est créateur de polymorphisme. L’étude des protéines impliquées dans la résistance antimicrobienne, et par là la démorésilience, montre que ces molécules défensives ont évolué plus vite que celles qui ne sont pas des actrices de la résilience antimicrobienne. En somme nous devons beaucoup au microbe ; il a participé et continue de contribuer à la nature humaine et pour ce qui nous concerne plus particulièrement le microbiota a joué un rôle capital dans l’organisation de notre système de défense.

Le microbe engendreur de démorésilience a contribué à la composition du caractère humain. Tout d’abord il est indispensable à la survie de l’espèce humaine. Cette dépendance peut s’exprimer par une sentence obligatoire : point de microbe, point d’homme.

Norbert Gualde
novembre 2011 – 302 pages
Acteurs de la Science – L’Harmattan 
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