2026 03 30 : Les GAFAM se prennent pour les rois du monde

Les GAFAM : faut-il rappeler ce que c’est ? L’acronyme de Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft : ces cinq grandes entreprises américaines, apparues il y a moins de cinquante ans dans le domaine du numérique, de l’informatique et de l’internet, se classent désormais dans le cercle restreint des vingt plus puissantes sociétés de l’économie occidentale.

Et donc, bien entendu, avec leur dérive monopolistique ou oligopolistique inévitable, d’autant moins évitable que les mesures antitrust conçues au début de l’ère industrielle américaine, les dispositifs fiscaux, les prétendues poursuites pour abus de position dominante ou non-respect de la vie privée des utilisateurs, ne sont à l’égard des GAFAM qu’une aimable plaisanterie, de petits trépignements d’indignation sans sévérité ni conséquences véritables, ni aux USA ni dans l’UE.

Alors tranquillement les GAFAM et leurs commensaux de deuxième rang poursuivent leur colonisation verticale du marché, ainsi que leur inexorable élargissement horizontal à des activités industrielles et des prestations marchandes éloignées de leur sphère numérique, informatique et internet initiale : enseignement, formation, automobile, information, médias, divertissements, sport, santé, équipements domestiques, etc.

De ces cinq GAFAM, ces cinq plaies, ni de l’Egypte, ni du Christ, mais de ce pauvre monde en surchauffe, l’impérialisme sans retenue ni vergogne (que d’aucuns rattachent au capitalisme de la finitude [1]) a été étudié, analysé, commenté, dénoncé, par des centaines de chercheurs, universitaires, historiens, politistes, sociologues, philosophes : je ne vais donc pas me hasarder à formuler ici une contribution que mon incompétence ne me permet pas d’envisager sérieusement.

Mais tout simplement apporter un indice, un tout petit indice, mais qui m’a paru bien éloquent :

J’utilise depuis dix ans l’application Instagram, non pour y publier les photos de mes inexistantes assiettes de restaurant, de mes sites touristiques non visités en compagnie de millions de pérégrinants grégaires, ni de mes chats dédaigneux, ni d’imaginaires copines siliconées, botoxées, décérébrées… ni donc, en résumé, d’aucune autre chimère stupide. Tout simplement j’occupe mon espace Instagram comme une sorte de nuage (de cloud disent-ils) pour y sauvegarder à l’abri des pannes de disque dur mon musée imaginaire de 60 000 reproductions de tableaux, monuments et œuvres d’arts…

Instagram c’est, on le sait, une des nombreuses applications (avec Messenger et WhatsApp) du groupe Meta ex-Facebook. Instagram, on l’a su, censure allègrement les contenus prenant la défense de Gaza et des Palestiniens ; ou critiquant ICE, la sinistre police de l’immigration US qui a assassiné Renee Good et Alex Pretti à Minneapolis ; tandis que son P-DG Mark Zuckerberg ne cesse de se prosterner (pour l’instant) devant le psychopathe Trump.

Cela déjà commençait à refroidir mon zèle à poster mes archives artistiques sur mon espace Instagram. Mais voilà-t-il pas que je reçois la semaine dernière ce gentil petit message d’Instagram :

Et l’indice, tout petit indice je l’admet, mais indice quand même, de la suffisance des GAFAM, il git dans leur vocabulaire. Ils auraient pu dire « Conformément à la loi française », ou encore, si par flemme ils voulaient rédiger un texte utilisable tel quel dans tous les pays francophones « Conformément à la loi de votre pays ». Mais non : notre minable, négligeable « loi locale », est pour eux une survivance (en voie de disparition face à leur illibéralisme en marche) de notre croyance débile qu’elle peut encore s’opposer à leur impérialisme universel

Que non pas : la seule loi universelle que je respecte est celle des Droits de l’Homme reconnue depuis 1948 par 140 pays, l’universalité de l’ONU et de ses organisations, institutions et juridictions associées ; et pas celle des gredins trumpistes gafameurs et massacreurs des peuples…

Donc, ayant déjà délaissé Facebook et Whatsapp je quitte Instagram ! J’espère que ses deux milliards d’utilisateurs par le monde ne m’en voudront pas…

30 mars 2026

[1] Arnaud OrainLe monde confisqué : Essai sur le capitalisme de la finitude (XVIe-XXIe siècle) – Flammarion, collection Le présent de l’histoire, janvier 2025