Je commence à accumuler quelques décennies d’écoutes musicales éclectiques et cependant je ne suis toujours pas parvenu à identifier clairement quel est l’élément qui singularise la chanson anglaise. Je veux évoquer ici la chanson populaire, ditty, pas l’art lyrique.
Dans nombre de pays la composante singulière de leur chanson est facilement repérable : au Portugal ce sont les sonorités de velours de cette langue ; en Espagne la rudesse indomptable de celle-ci ; au Brésil sa sensualité ensorcelante ; en Italie, évidemment, le charme et la séduction sentimentale de ses mélodies ; en Russie la puissance évocatrice et poétique des paroles même si on ne les comprend pas ; en Allemagne l’incomparable symbiose des sonorités de la langue et de la musique ; au Pakistan l’envoutement des psalmodies interminables. Bon, je m’arrête là !
Mais la chanson anglaise ? Ce n’est pas sa langue, puisqu’elle la partage avec nombre d’autres pays comme les USA, avec un rendu sensible totalement différent. Ce n’est ni son mélodisme ni son harmonie qu’elle a en commun avec la plupart des traditions occidentales… Ce ne sont pas ses genres, puisque souvent elle s’inspire ou s’approprie des genres venus d’ailleurs, longtemps de France ou d’Italie, ces dernières décennies des USA.
Et pourtant, écoutons une ou un chanteur anglais : presque à coup sûr nous identifions sa nationalité. Et ce n’est pas récent : Dowland, Byrd, Purcell ou Green sleeves… il y a des siècles, c’étaient déjà les sonorités anglaises à one hundred percent, my dear ! En tout cas, telle est ma conviction de modeste amateur.
J’ai évoqué il y a quelques temps Amy Whinehouse qui me semble exemplaire de cette anglicité immédiatement identifiable.
Voici une autre chanteuse que je connais depuis peu et qui, dans un style voisin mais différent, me paraît revêtir la même étoffe vocale so british : Raye. Une authentique auteure-compositrice-interprète anglaise, malgré ses genres d’inspiration musicale américains.
Et en outre, semble-t-il, une femme de caractère. Elle déteste les compartiments, les cases, les conventions. En concert elle chante pieds nus et merde pour Louboutin ! Et elle chante des choses fortes et qui portent.
Ecoutez-la, all ears, admirez-la comme moi (ou pas) et convenez (ou pas) que j’ai raison : that’s interesting, no ?
Raye 2016 – I, U, Us
Raye 2016 – Shhh
Raye 2018 – Decline – Featuring Mr Eazi
Raye 2020 – Please don’t touch
Raye 2020 – Regardless
Raye 2023 – Escapism
Raye 2023 – Ice cream man
25 novembre 2023
