2017 02 11 : Claudio Arrau, l’apollinien

Pendant des années, je n’ai estimé aucune interprétation des Etudes d’exécution transcendante de Frantz Liszt équivalente à celle de Claudio Arrau, que j’écoutais plusieurs fois par an depuis… 1974.

Il faut dire que cette partition est selon les spécialistes l’une des plus redoutables techniquement pour les pianistes ; alors les interprètes l’ayant gravée au disque ne se bousculaient pas : une douzaine tout au plus.

Je n’étais pas sensible à la plus ancienne, celle du monstre sacré György Cziffra.

Quant aux versions plus récentes, même de pianistes que j’apprécie beaucoup, je trouvais que décidément non, elles n’avaient pas la transcendance de celle de Claudio Arrau. Ces morceaux étant des sommets de difficulté, il me semblait, à tort ou à raison, que ces pianistes restaient focalisés sur le « sans faute » et ne pouvaient donc pas prendre toute la distance souhaitable pour y ajouter l’âme ; tandis qu’Arrau, lui…

Liszt – Etude d’exécution transcendante n° 10 Appassionata – Arrau 1974

Et puis, il y a trois ans, j’ai entendu à Lyon l’interprétation d’un jeune pianiste, Daniil Trifonov, que j’écoute chaque fois que je le peux depuis quelques années. Quelques années seulement puisqu’il n’a que 26 ans et n’a remporté ses premiers prix prestigieux (Concours Arthur Rubinstein à Tel Aviv et Concours Tchaïkovski à Moscou) qu’en 2011… à 20 ans.

Liszt – Etude d’exécution transcendante n° 5 Feux follets – Trifonov Lyon 2014

Pour la première, fois j’ai ressenti une admiration égale à celle que j’éprouve en écoutant la version Arrau. Plus extraordinaire encore, Daniil Trifonov, alors âgé de 23 ans, interprétait ces douze études d’un seul tenant, alors que chacune d’elles est monstrueusement redoutable : une heure entière sur les sommets, dont il redescend épuisé mais heureux.

Je vous en reparle car il vient de graver ces Etudes en CD chez la Deutsche Grammophon.

11 février 2017