Edito DH n° 84 juillet 2002 : pamphlets !

Les récentes joutes électorales ont permis à d’honorables candidats de dénoncer, dans des développements tournant presque à la rengaine, le conformisme idéologique ambiant, le nivellement intellectuel, l’aboulie des programmes… Bref, la « pensée unique ».

Toutefois, les mêmes ne semblaient pas emportés d’un élan suffisant pour dépasser cette altière dénonciation et prêcher par l’exemple en livrant à nos dévorantes appétences des concepts tout nouveaux tout chauds, des idées odorantes et craquantes…

Si j’osais —sacrilège— ébaucher une comparaison entre ces sphères éthérées où évoluent et se croisent esprits politiques de haut vol et grands serviteurs de l’Etat et l’humble caste —mais caste quand même— des décideurs hospitaliers[1], je vous dirais, chère (é)lectrice, cher (é)lecteur, que dans notre tribu, on pratique la même incantation rituelle !

Puisqu’en effet, depuis quelques mois, curieux voire anxieux de savoir ce que vous pensez de lui, DH Magazine explore vos opinions à son sujet, et puisqu’en nombre vous répondez à nos charmantes mais insistantes sondeuses, nous – je veux dire notre comité de rédaction – faisons désormais partie du petit cercle des « sachants » (le terme « savants » étant réservé à de plus doctes élites).

Or donc, sachant que vous nous félicitez de la qualité des reportages en Terres Hospitalières ou en CHU ;

Sachant que vous lisez de A à Z nos rubriques, même les plus rébarbatives, comme il sied à l’austère décisionnaire que vous êtes ou aspirez à paraître ;

Sachant encore que vous avouez —mezza telefone, mais honnêtement— vous jeter avidement, en premier lieu, sur les dessins de Seiler ;

Mais sachant que, nonobstant les sourires de Lesimple et les sarcasmes de Pacaud (ou l’inverse), vous regrettez et nous reprochez la diminution en nombre et en surface des billets d’humeur, l’étiolement des articles de doctrine, l’extinction des brûlots, l’affadissement des pamphlets, le dépérissement des libelles qui, un temps, firent la sulfureuse renommée de DH…

Considérant néanmoins que vous, requérants, ne produisez, à l’appui de vos griefs, aucun matériau rédactionnel de nature à pallier le désordre dénoncé ;

PAR CES MOTIFS :

Le comité de rédaction, après en avoir délibéré entre une réunion du pool ARTT et un quart de finale de la Coupe du monde de football :

VOUS CONDAMNE, chère lectrice et cher lecteur, à prendre la plume, la tremper dans votre meilleure encre, dans le vinaigre même, tant que ce ne sera pas dans l’œil du voisin (d’autant plus sournoisement qu’icelui ne sera nommé) et à faire bénéficier DH Magazine de votre alacrité, de votre acrimonie, de vos irrespectueuses pensées et débordantes imaginations[2].

Nos colonnes sont les vôtres !



[1]-Vous noterez combien rapidement les concepts se périment : au jour où DH 84 est mis sous presse, plus personne n’est « d’en haut », tout le monde est « d’en bas », sur le terrain, en touchante proximité du vécu…

[2]-Textes à nous adresser sans formalisme particulier, mais exclusivement par internet, à [email protected]