2017 09 24 : Une famille syrienne – film

Syrie : nous voici transportés au cœur de la guerre infâme (toutes les guerres sont infâmes, certes, mais alors celle-ci…).

Une mère et ses enfants sont pris sous les bombardements, bloqués dans leur appartement. Courageusement, ils s’organisent pour continuer à vivre malgré les privations, les morts et le danger, et même par solidarité recueillent des voisins et leur nouveau-né.

Coïncidence, il y a quelques semaines je revoyais la pièce de Jean-Paul Sartre Huis clos ; vous savez cette pièce qui comporte la célébrissime sentence conclusive de Garcin : « L’enfer, c’est les Autres ».

Il paraît que Sartre fut surpris que son œuvre ait été perçue comme une tragédie, alors que pour lui c’était une comédie. J’espère que l’anecdote est vraie, car enfin, peut-on dire sérieusement que l’enfer, c’est ces autres dont on doit subir la cohabitation, parfois la promiscuité ? Si pénibles soient elles, c’est obscènement farcesque au regard d’une situation comme celle que nous décrit ce film.

Qui plus est obscène dans une pièce écrite et jouée alors que la Guerre, notre Deuxième à nous, n’était pas encore terminée et qu’on mourrait par dizaines de milliers chaque semaine dans toute l’Europe, les civils de préférence… Bon, Sartre nous a expliqué qu’il s’agissait d’une maxime philosophique visant non la barbarie guerrière mais l’enfer intime où nous sommes plongés lorsque nous nous jugeons nous-même ou sommes jugés par les autres… Je clos la parenthèse.

Car l’enfer syrien, depuis ces quelques épouvantablement longues années, c’est le déchaînement de ce qui se fait de pire chez les satans de toute obédience et cela expose femmes, enfant, vieillards en première ligne.

Ce film dénonce cette horreur et il le fait bien, il est très dur, il est implacable, et pourtant il évite autant que possible les scènes violentes et sanglantes.

Mais est-il objectif ce film de Philippe Van Leeuw ? Cette question ici posée révèlerait elle aussi une indécence : la préoccupation dérisoire de ceux qui ne risquent rien. La seule question qui vaut ‑ le film ne changera sans doute pas le comportement des bouchers ni la stratégie de ceux qui ont des intérêts au conflit – est celle-ci : fera-t-il évoluer notre attitude de citoyens face au drame des réfugiés ?

Car ces hommes, ces femmes, ces enfants, dans nos rues, en petits tas si discrets que vous les voyez à peine, du coin de l’œil, Madame, Monsieur, ce sont Oum Yazan, Halima, Delhani, Abou Monzer, les héros-victimes de cette fiction vraie.

Faut-il préciser que ces acteurs (Hiam Abbass, Diamand Bou Abboud, Juliette Navis, Mohsen Abbas…) sont saisissants ?

A tel point que, sortant de la salle, je me pris à déraisonner en imaginant que tous ceux qui râlent, tempêtent et votent (hier, aujourd’hui même et sans doute demain) contre l’afflux de ces réfugiés chez nous en Europe devraient être menés de force voir ce film.

24 septembre 2017

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