2017 04 25 : Venez faire barrage et … taisez vous

Ecoutez, amies, amis. J’entends autour de moi celles et ceux qui s’indignent que Mélenchon n’ait pas dès le 23 avril à 20 heures appelé à voter Macron pour « faire barrage » à Le Pen ; et le taxent d’être irresponsable, vexé, minable, rancunier, petit personnage, etc.

Que les propos qu’il a tenu puissent être le fruit d’une légitime et honorable réflexion politique ne semble pas les effleurer. Aurai-je la cruauté de rappeler que si Hamon avait fait le score de Hollande en 2012, le « barrage » ne s’imposerait pas et que ce chaos résulte de la politique appliquée durant 5 ans par son parti, le PS.

Dois-je signaler que si seulement un quart des voix recueillies par Hamon s’étaient portées sur Mélenchon, il serait au 2ème tour avec Macron… et Le Pen n’y serait pas.

Et le choix démocratique serait plus ouvert. Entre en candidat de gauche et un candidat du centre droit ; entre un « populiste » et un « expert » venu des élites ; entre un « obsolète » et un « moderniste »… presque tout le monde y trouverait son comptant ; sauf les extrémistes, dira-t-on, mais n’est-ce pas le lot de chaque 2ème tour démocratique ?

Quant à moi, personne ne peut venir me faire la leçon :

  • En 2002 contrairement à nombre de mes relations qui me disaient « au 1er tour on se fait plaisir, c’est au 2e tour qu’on devra choisir » et qui ont voté Chevènement, Taubira, Mamère, Hue ou extrême-gauche, moi j’ai voté directement Jospin, car je pressentais un risque. Au 2etour j’ai « fait barrage » en votant Chirac comme demandé.
  • En 2007 j’ai voté Royal dès le 1er tour pour la même raison.
  • En 2012 j’ai voté Hollande au 2e tour sans me faire d’illusions mais pour « faire barrage » à Sarkozy.

Dans la durée, de « vote barrage » en « vote barrage », le FN est passé de 9 % en 1986 à 21 % aujourd’hui. Donc je constate que ce vote barrage alimente le FN lentement mais sûrement.

L’abstention ou le vote blanc seraient « irresponsables » ou une « perversion » de l’esprit civique.

L’irresponsabilité ou la perversité, c’est d’entretenir depuis 45 ans l’hégémonie excessive du scrutin présidentiel ; de maintenir le scrutin législatif majoritaire, alors que nombre de pays démocratiques pratiquent la proportionnelle. Chez eux, l’électeur vote vraiment comme il a envie ; ensuite seulement, si des alliances ou compromis sont nécessaires pour gouverner, ce sont les élus et partis, tenus d’être responsables, qui les concluent.

Le 28 septembre 1958, Mendès-France et Mitterrand, presque seuls (17 %) contre le troupeau des apeurés et des arrivistes (dont la SFIO, triste ancêtre du PS actuel), appelèrent à voter Non à de Gaulle.

Qui oserait encore affirmer qu’ils furent irresponsables ou pervers car prenant le risque de laisser venir au pouvoir les fascistes de l’OAS ou un coup d’Etat militaire ?

Ceci étant, je ne sais encore, ni ce que je vais faire le 7 mai, ni ce que va nous dire in fine l’équipe de Mélenchon.

Mais toute posture morale catégorique devrait être évitée pour l’instant.

25 avril 2017