2013 12 21 : La Traviata de Giuseppe Verdi

Combien de milliers de fois a été représentée La Traviata de Verdi, puisqu’il paraît que c’est l’un des opéras les plus populaires, dès sa création en 1853, et des plus joués depuis 160 ans ? Les enregistrements discographiques ? Plusieurs centaines assurément. J’en ai quelques-uns en mémoire, subjectivement : en 1958 Callas, Raimondi, Bastianini, à la Scala de Milan, dirigés par Giulini ; en 1977 Cotrubas, Domingo, Milnes, avec l’Opéra de Bavière dirigé par Kleiber ; en1992 Studer, Pavarotti, Pons, et le Metropolitan Opera conduit par Levine.

800px-TraviataCélèbre et populaire, cet opéra l’est sans doute par ses nombreux morceaux de bravoure, inoubliables : Libiamo ne’ lieti calici ; Un di, felice, eterea ; E strano…Ah, fors’è lui .. Follie, Follie ; et le Sempre libera : tout un manifeste, n’est-ce-pas ?

Parmi les versions les plus récentes, une de 2009 que j’ai revue récemment sur Brava, pour moi surclasse toutes les autres : avec les chœurs et l’orchestre du Royal Opera House de Londres, dirigés magnifiquement par Antonio Pappano, Renée Fleming en Violetta, Joseph Calleja somptueux en Alfredo Germont et le toujours superbe et impeccable Thomas Hampson en Giorgio Germont. Et, ce qui nous change des mises en scène trop souvent grotesques et à « message » surajouté, celle de Richard Eyre est claire, limpide et très esthétique.

opusarteoa1040dDans cet ensemble exceptionnel, s’il faut distinguer quelqu’un encore davantage, c’est Renée Fleming : elle habite le rôle extraordinairement et redonne au personnage mélodramatique une telle force que les 160 ans qui nous séparent de La Dame aux camélias d’Alexandre Dumas fils semblent miraculeusement effacés : Violetta redevient l’une de ces femmes très actuelles : éblouie par le luxe illusoire de la vie de courtisane (on ne disait pas encore escort girl) ; comme l’énonce le titre, une femme « perdue » (on le disait déjà, on le dit encore, elle reste donc considérée comme irresponsable !) ; puis aux prises avec la funeste maladie (ce n’était pas encore le sida mais la tuberculose) ; donc abandonnée de tous les mondains (on ne disait pas encore people ou VIP) et qui meurt uniquement regrettée par deux hommes de cœur…

Traviata-Fleming-Calleja-opus-arte21 décembre 2013