
L’ensemble Sapocaya, âgé d’à peine deux ans, est l’exemple impressionnant de ce l’on peut attendre de la Musique du Monde lorsqu’elle rapproche, marie, fusionne, différents genres de musiques : afro, brésilienne du Nordeste, jazz, funk et caribéenne.
Les morceaux qu’il nous offre et propose maintenant en deux CD, Sapocaya non seulement les interprète mais les a soit créés soit arrangés avec éclat et dans des variations de rythme subtiles, irrésistiblement in the groove, je ne vous dis que ça ! Hier soir au New Morning çà chahutait grave !

J’ai même vu dans la salle, sur la piste, des vieux, mais alors vraiment vieux (presque autant que moi) se laisser emporter par le rythme et danser avec frénésie !
Les membres permanents de Sapocaya, retenez leurs noms car leur talent les portera de plus en plus vers la célébrité, sont César Aouillé (guitare), Tristan Boulanger (percussions, arrangements, compositions), Maxime Chevalier (trombone), Arlet Feuillard (congas & percussions), Charlotte Isenmann (flûte traversière), Zephania Lascony (saxo ténor), Léo Morini (saxos alto & soprano), Taylor Philemon (batterie), Jamayê Viveiros (trompette, pífano) et Simon Voituriez (basse).

Mais le groupe accueille aussi nombre de musiciens, invités d’un soir : Lilou Claverie (flûte traversière), Daphné Jacquet (clarinette) Mona Faruel, Matu Miranda & Madeleine Carnage (chant), Leith Del Campo (accordéon), Ananda Brandão (percussions), Madeleine de Proust, Anggraini Tumino, Grandepetitefille & Victor Lancelot-Mahé (quatuor à cordes), Amaël Billard (bois), Mollet Nathan & Noam Duboille (claviers). Et je crains d’en oublier ou d’estropier des noms…
Mais à propos, ça signifie quoi, Sapocaya ? C’est le nom d’un arbre emblématique de l’Amazonie ; arbre sacré, arbre qui soigne, qui abrite les oiseaux et qui rosit au printemps.

Leur premier CD en 2024 se nommait éponymement Sapocaya et comportait six morceaux en hommage à six arbres emblématiques de la forêt amazonienne : Baraúna, Sucupira, Jequitibá Juçara, Sapucaia et Embaúba. Irrésistiblement cela me rappelait une lointaine étape de dix années dans ma vie professionnelle, que j’ai évoquée dans une note déjà ancienne, Eloge de l’arbre, où non seulement je fus amené à construire un nouvel hôpital mais aussi à réhabiliter et restaurer (et avec quelle passion !) cinq hectares d’une vénérable forêt laissés à l’abandon.
Leur deuxième CD, qui vient de paraître, s’intitule Elementos, parce qu’il donne à entendre, par des sonorités modernes mais héritées du madrigalisme baroque, les quatre éléments naturels primordiaux, Terra, Ar, Fogo, Água : la terre, l’air, le feu et l’eau, chacun évoqué dans trois états graduels.
Ces éléments sont, comme on sait, source de vie mais aussi menaçants et de plus en plus altérés par l’avidité humaine.
Quatre groupes de trois font douze morceaux : Raízes (Racines), Floresta (Forêt), Terremoto (Tremblement de terre), Brisa (Brise), Vendaval (Coup de vent), Furacão (Ouragan), Brasa (Braise), Chama (Flamme), Incêndio (Incendie), Chuva (Pluie), Ribeirão (Ruisseau) et Enchente (Inondation).
Et coïncidence (ou pas) je me remémorai également que dans cette étape forestière de ma vie hospitalière précitée, mon livre de méditation quotidienne fut un recueil de poésie [1]… qui lui aussi, consacre un chapitre, Sur les Quatre éléments, à imaginer une correspondance avec quatre arbres ! Décrivant la forêt française et non l’Amazonie, il propose le pin ou l’air, le peuplier ou l’eau, l’olivier ou le feu et le chêne ou la terre. Ahurissant ? pas vraiment : l’inspiration poétique de l’amour entre Didon et Énée a traversé, d’Homère à Purcell, deux millénaires et trois mers, alors que sont les malheureux 7 000 km entre la France et le Nordeste et les 30 petites années séparant ces deux œuvres allégoriques vouées aux éléments premiers ?
Une musique très élaborée donc, qui apparie harmonieusement le bruit et la fureur, la dynamique et la douceur, la nature et l’humanité, la joie de vivre et une sorte de mélancolie fado (ah non, je vais me faire excommunier ! disons la tristeza).
[1] François de Solesmes, Eloge de l’arbre, éditions encre marine 1995, pages 143 et suivantes.
Sapocaya 2024 – Jequitibá
Sapocaya 2024 – Sapucaia
Sapocaya 2025 – Brisa ((la brise)
Sapocaya 2025 – Chuva (la pluie)
Sapocaya 2025 – Furacão (l’ouragan)
Sapocaya 2025 – Ribeirão (le ruisseau)
Sapocaya 2025 – Terremoto (le tremblement de terre)
10 décembre 2025
