2025 11 10 : Foutez la Paix aux artistes israéliens !

Il y a plus de trois ans, j’avais rappelé mon opinion (si elle intéresse quiconque) sur Poutine, néo-impérialiste ne reculant devant rien pour consolider son pouvoir despotique, son agression contre l’Ukraine prenant la suite logique de ses crimes de guerre en Tchétchénie, en Géorgie et des assassinats ourdis contre ses opposants.

Mais pour autant je déplorais que des institutions musicales, culturelles, artistiques, campent sur une posture droits-de-l’hommiste dévoyée pour exiger des artistes russes qu’ils condamnent Poutine, adoptant ainsi une forme soft de despotisme et de totalitarisme. Si des artistes approuvent explicitement leur régime, qu’on engage une controverse avec eux, pourquoi pas ? Si des artistes expriment en paroles et traduisent en actes leur réprobation de leurs gouvernants, c’est remarquable. Mais ceux qui veulent rester dans leur rôle et ne s’exprimer que par leur art… qu’on les laisse tranquilles. J’avais donc écrit : Foutez la Paix aux artistes russes !

J’eus ensuite l’occasion d’exprimer mon opinion (si elle intéresse quiconque) sur Netanyahou, son régime impérialiste, criminel et génocidaire d’extrême droite.

Mais lorsque l’Orchestre philharmonique d’Israël donne un concert le 6 novembre à la Philharmonie de Paris, le Collectif Palestine Action France vient perturber la représentation : quelques-uns de ses militants protestent bruyamment et allument des fumigènes.

La Philharmonie a publié un communiqué mesuré indiquant qu’elle n’exige « jamais de prises de position de la part d’artistes au sujet de conflit en cours ou d’enjeux politiques sensibles… les artistes ne peuvent être tenus responsables des actions de leur gouvernement, par simple association ».

Certes, les séquences vidéo captées par des spectateurs montrent qu’une partie de l’auditoire s’en est pris violemment aux militants propalestiniens pour les tabasser.

Mais est-ce surprenant ? L’intervention du Collectif Palestine Action France était annoncée et parmi les pro-israéliens parisiens il y a une infime minorité d’hommes de main, le Betar, petit groupe d’extrême droite ultra-violent (je l’ai déjà connu il y a 60 ans lorsqu’il venait agresser toute manifestation propalestinienne). Meyer Habib en fit partie. Charles Enderlin, journaliste franco-israélien ayant fait ses études à Nancy, correspondant de France 2 en Israël de 1981 à 2015, subit des menaces de mort récurrentes de dirigeants du Betar.

Le chef actuel de l’Orchestre philharmonique d’Israël, Lahav Shani, n’est pas à ma connaissance un partisan affiché de Netanyahou. En bis, il a fait jouer par l’orchestre l’hymne national d’Israël ; mais ce n’était pas un soutien explicite à la politique génocidaire actuelle de son gouvernement, car c’est la tradition de l’orchestre depuis… 1968 et son prestigieux chef Zubin Mehta.

Il y a eu certes un traitement policier et judiciaire de cette affaire partial : quatre des perturbateurs propalestiniens furent arrêtés puis mis en examen, aucun parmi les hommes de main tabasseurs pro-israéliens. Quant à l’attitude de la quasi-totalité de la grande presse, elle ne fut pas surprenante : prosioniste un jour, prosioniste toujours…

Il n’empêche, il n’empêche : je considère que venir perturber un évènement artistique en considération d’un contexte politique est une erreur voire une faute : foutez la Paix aux artistes israéliens !

Ceci me semble vrai également pour les évènements sportifs et je me risquerai ici à deux rappels historiques :

En 1972 l’organisation palestinienne Septembre noir commit un attentat terroriste aux Jeux olympiques de Munich, assassinant onze sportifs israéliens. J’étais encore militant maoïste à l’époque et la consigne nous fut donnée de justifier cet attentat meurtrier eu égard au contexte où des milliers de Palestiniens avaient été assassinés par la Jordanie. Ce fut l’une de mes motivations pour m’éloigner de cette structure militante.

En 1936, les Jeux olympiques sont organisés en Allemagne, à Berlin. Hitler et le nazisme étant parvenus au pouvoir, les organisations juives dans le monde (et en France le grand Pierre Mendès France) demandent le boycott ; la délégation sportive des USA refuse ce boycott après une intense controverse ; et à la déception d’Hitler le noir-américain Jesse Owens remporte les quatre médailles d’or des quatre épreuves auxquelles il participe.

Alors, avec des décennies de recul, dites-le moi : qu’est-ce qui a le mieux servi la cause des opprimés, Juifs et Noirs en 1936, puis Palestiniens en 1972 : perturber un évènement public où le préserver de toute interférence politique ?

10 novembre 2025

PS du 24 janvier 2026 : Zubin Mehta vient d’annoncer l’annulation de tous ses engagements en Israël cette année en raison de son opposition à la façon dont le gouvernement israélien a géré la cause palestinienne. Il ajoute que les artistes et les musiciens ont une responsabilité morale dans les grands dossiers, surtout lorsqu’ils impliquent des guerres et des crimes commis contre les peuples.

Il souligne que le silence ou l’indifférence ne sont plus une option acceptable, compte tenu des destructions généralisées dans la bande de Gaza et du massacre de milliers de victimes, ainsi que des politiques de répression et d’expansion des colonies en cours en Cisjordanie. Il appelle la communauté artistique mondiale à prendre des positions claires qui reflètent les valeurs humaines et la justice.

Voilà qui corrobore l’opinion que j’ai formulée le 10 novembre 2025 : la protestation solennelle et concrète exprimée par les artistes eux-mêmes est cent fois plus éloquente et persuasive, tant pour les autres artistes que pour le public mélomane, que la perturbation d’un concert sans l’assentiment de ses exécutants.