J’étais à la fois vivement intéressé en allant voir ce film, et un peu préoccupé.
Intéressé : j’ai suivi dès son début en 2016 la création de la Maison des femmes sur le site du CH Delafontaine à Saint-Denis ; doublement intéressé si j’ose dire, en tant qu’ancien directeur d’hôpital public durant trente ans et journaliste de santé encore en activité en 2016.
Préoccupé : ayant relaté dans mon magazine la création et la mission de cette Maison des femmes et interviewé notamment sa fondatrice, la Dre Ghada Hatem-Gantzer et plusieurs de ses collaboratrices de ses trois unités (planification familiale, prise en charge des violences faites aux femmes et mutilations sexuelles) et projet soutenu, il faut le rappeler car ce n’est pas fréquent pour des projets audacieux, par la directrice du CH, je craignais que le cinéma, comme cela arrive souvent, en donne une relation abusivement émotionnelle.
Pas du tout : car la réalisatrice Mélisa Godet, dont c’est le premier film, a judicieusement livré une fiction. Certes la trame, le contexte, les problématiques, les obstacles et le combat énergique qu’il fallut mener pour les surmonter sont fidèlement rapportés. Mais les personnages sont totalement inventés et même leur identité dans le film ne fait allusion ni de près ni de loin à celles des vraies actrices dans la vraie vie. D’autant plus que depuis 2016 le nombre de maisons des femmes, ces lieux de retour à la vie, s’est multiplié et atteint la trentaine : il fallait donc en donner une vision plus générale.
Dès le départ, elles ont voulu que la Maison des femmes soit polyvalente en proposant soins, écoute, réparation, reconstruction de clitoris et solidarité, accompagnement psychologique et ateliers thérapeutiques et psychosensoriels, accompagnement dans les démarches, dépôts de plainte, explications auprès de la police, assistance juridique dans les procédures administratives et demandes d’asile. Nécessités multiples puisqu’il s’agissait de porter assistance aux femmes victimes de violences en tous genres, mutilations ou excisions, parcours migratoires traumatisants, violences domestiques.
Et le collectif de ces intervenantes, nommées ici Diane Khoury la chirurgienne gynécologique et directrice (Karin Viard), Manon la sage-femme (Laetitia Dosch), Lucie (Juliette Armanet), Awa l’agent d’accueil (Eye Haïdara), Inès une interne en gynécologie (Oulaya Amamra), le psychologue (Pierre Deladonchamps), le chef de projet (Jean-Charles Clichet), l’inspecteur de l’IGAS (Laurent Stocker) et bien d’autres, apporte la détermination et la vitalité qui m’avaient puissamment impressionné dans la réalité de 2016.
Ce film choral (comme on doit nommer désormais un film donnant à voir non des héros individuels mais des collectifs ou des réseaux agissant en interdépendance) est donc magnifiquement fidèle à la réalité du projet et de l’action tels que je les avais ressentis à l’époque.
Et c’est aussi, implicitement, un film politique : la santé et la protection des femmes sont possibles, il faut leur allouer des moyens humains, des équipements et surtout de l’argent ; car l’énergie et le courage des soignantes et intervenantes sociales ne manquent pas, elles sont nombreuses à se porter volontaires.
Les actrices et acteurs sont remarquables.
6 mars 2026

