2026 02 27 : Orwell : 2+2=5 (documentaire)

Tout le monde bien sûr connaît George Orwell (1903-1950) ; tout le monde en tout cas a lu 1984 son roman dystopique paru en 1949. Il figure d’ailleurs au programme obligatoire de la classe de 3ème.

« Tout le monde » ? Comme il s’agit là d’une vérité peut-être orwellienne, Raoul Peck a eu le grand mérite de réaliser ce documentaire pour l’édification de celles et ceux qui ne sont pas totalement, voire pas du tout, « tout le monde ». Et même moi qui comme « tout le monde » ai lu Orwell, et non seulement 1984 mais l’essentiel de ses autres œuvres [1], je suis allé sans hésiter voir ce film.

Alors ? Alors ce documentaire pédagogique devrait être proposé dans toutes les institutions d’enseignement, tant il nous renseigne bien sur Orwell, et nous enseigne l’essentiel de son analyse sociopolitique du monde de l’après-guerre en 1949 et du monde actuel peut-être d’avant-guerre…

Je ne vais pas ici rabâcher la liste de tous les symptômes et néologismes qui abondent dans l’œuvre d’Orwell.

Orwell (de son vrai nom Eric Arthur Blair) avait pourtant mal débuté dans les années 1920 : Britannique respectable il fut nommé commissaire de police coloniale au Myanmar (alors dénommée British Burma, Birmanie). Mais il en conçut une détestation radicale du colonialisme.

Et à ce propos, je lisais dans quelques feuilles de chou qu’Orwell aurait éprouvé ses extraordinaires prémonitions et formulé ses prophéties grâce à une sensibilité et une intuition hors du commun. Sauf que c’est totalement faux : sa pensée s’est élaborée à travers son vécu : d’abord au Myanmar (En Birmanie), puis au contact direct des SDF (Dans la dèche à Paris et à Londres), des mineurs du Yorkshire (Wigan Pier au bout du chemin), de sa participation à la guerre d’Espagne (Hommage à la Catalogne). Et s’il ne connut pas directement l’Allemagne, l’Italie, l’URSS, terres d’effroi du totalitarisme qu’il décrit (1984, La Ferme des animaux) il s’attacha à en rassembler des témoignages directs.

C’est Orwell qui, dans ma jeunesse, m’insuffla la conviction que si l’on est instruit par les intellectuels, les livres, les journaux, les médias, rien ne remplace la connaissance du réel immédiat.

Alors l’autre réflexion que le film Raoul Peck provoque irrépressiblement concerne notre médiocrité orwellienne à tirer les leçons du passé… alors que le temps presse.

27 février 2026

[1] Œuvres (qu’il eut été plus honnête d’intituler Œuvres choisies), Bibliothèque de la Pléiade, 2020