Je passe devant ou à côté ou en dessous plusieurs fois par mois, alors je fus curieux d’aller voir ce film consacré à la genèse de cette Grande Arche de la Défense qui en son temps fit couler beaucoup d’encre et proférer beaucoup de déclarations indignées, j’en fus le témoin.
Car ce fut un micro-scandale comme certains microcosmes politiques s’en font spécialité.
Pensez : en 1983 le Président François Mitterrand (Michel Fau) lance un concours d’architecture pour un projet en soi blasphématoire : faire élever un monument moderne pile dans l’axe historique de la voie royale Louvre – Tuileries – Obélisque – Arc de Triomphe.
Et pire encore c’est un étranger, l’obscur architecte danois Otto von Spreckelsen (Claes Bang) qui remporte le concours ; c’est un quasi-débutant qui n’a à son palmarès aucune construction d’envergure. Même si des Français, l’architecte Paul Andreu (Swann Arlaud) et l’urbaniste Jean-Louis Subileau (Xavier Dolan) sont retenus pour le seconder. Les opposants imbéciles à ce projet voulurent oublier que pour le néophyte Charles Garnier et son Opéra… ce fut pareil !
Stéphane Demoustier, une fois encore magistral, nous livre ici un film (adapté du roman La Grande Arche de Laurence Cossé) qui, au-delà de la relation ironique voire sarcastique de ce concours… de grandes indignations et de petites manœuvres, nous invite à une réflexion profonde sur le processus de création artistique, les liens complexes que les artistes entretiennent avec le pouvoir et le milieu impitoyable de l’architecture de prestige. Je n’en dirai pas davantage…
Les acteurs sont dans l’air du temps, sans anachronisme ; Claes Bang est remarquable de subtilité dans le rôle complexe de l’architecte inconnu ; seul petit bémol j’ai trouvé que l’excellent Michel Fau ne m’évoquait pas trop François Mitterrand ; mais je suis sans doute de parti-pris.
12 novembre 2025

