C’est aujourd’hui qu’est publiée au Journal Officiel la loi n° 2025-1057 du 6 novembre 2025 modifiant la définition pénale du viol et des agressions sexuelles.
Elle comporte une réécriture des articles 222-22 et 222-22-1 du code pénal que je ne résiste pas au plaisir de reproduire ci-dessous :
Article 222-22

Marie-Charlotte Garin
Constitue une agression sexuelle tout acte sexuel non consenti commis sur la personne d’autrui ou sur la personne de l’auteur ou, dans les cas prévus par la loi, commis sur un mineur par un majeur.
Au sens de la présente section, le consentement est libre et éclairé, spécifique, préalable et révocable. Il est apprécié au regard des circonstances. Il ne peut être déduit du seul silence ou de la seule absence de réaction de la victime.
Il n’y a pas de consentement si l’acte à caractère sexuel est commis avec violence, contrainte, menace ou surprise, quelle que soit leur nature.

Dominique Vérien
Le viol et les autres agressions sexuelles sont constitués lorsqu’ils ont été imposés à la victime dans les conditions prévues par la présente section, quelle que soit la nature des relations existant entre l’agresseur et sa victime, y compris s’ils sont unis par les liens du mariage.
Lorsque les agressions sexuelles sont commises à l’étranger contre un mineur par un Français ou par une personne résidant habituellement sur le territoire français, la loi française est applicable par dérogation au deuxième alinéa de l’article 113-6 et les dispositions de la seconde phrase de l’article 113-8 ne sont pas applicables.
Article 222-22-1
La contrainte prévue au troisième alinéa de l’article 222-22 peut être physique ou morale.

Véronique Riotton
Lorsque les faits sont commis sur la personne d’un mineur, la contrainte morale mentionnée au premier alinéa du présent article ou la surprise mentionnée au troisième alinéa de l’article 222-22 peuvent résulter de la différence d’âge existant entre la victime et l’auteur des faits et de l’autorité de droit ou de fait que celui-ci a sur la victime, cette autorité de fait pouvant être caractérisée par une différence d’âge significative entre la victime mineure et l’auteur majeur.
Lorsque les faits sont commis sur la personne d’un mineur de quinze ans, la contrainte morale ou la surprise sont caractérisées par l’abus de la vulnérabilité de la victime ne disposant pas du discernement nécessaire pour ces actes.
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Elsa Schalck
Il s’agissait d’une proposition de loi, donc d’initiative parlementaire, rapportée par Mmes Marie-Charlotte Garin, Véronique Riotton, Elsa Schalck et Dominique Vérien, députées et sénatrices.
Ces personnes entreront dans l’histoire parlementaire, car enfin, enfin, l’axiome : défaut de consentement libre et éclairé, spécifique, préalable et révocable = viol devient invocable par toute victime à l’encontre de tout agresseur, sans esquive.
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Je ne ferai pas la liste de ceux et surtout celles qui menèrent la lutte pour que le crime de viol soit pénalement mieux reconnu et réprimé. Je pense évidemment à Gisèle Halimi qui défendit entre 1974 et 1978 deux jeunes femmes victimes d’un viol collectif.
Privilège de l’âge (il en est quelques-uns parfois !) j’attribue aussi la maternité initiale de ce long cheminement vers la justice rendue aux victimes en général et aux femmes en particulier à une écrivaine canadienne, Denise Bombardier.
Le 2 mars 1990, participant à l’émission Apostrophe du regretté Bernard Pivot, elle avait apostrophé Gabriel Matzneff, écrivain connu, pédophile invité pour venir discourir sur son Journal ; pas un roman, un journal, dans lequel il racontait ses sodomisations de jeunes garçons et filles (15-16 ans), victimes prétendument consentantes et flattées de ses appétits.
Quelques jours plus tard, François Mitterrand la reçut à l’Élysée. « Alors, ce Matzneff, vous l’avez malmené, me dit-il avec un sourire entendu. Il est vrai, enchaîna-t-il, que je lui ai jadis reconnu quelque talent et une certaine culture. Malheureusement il a sombré dans la pédophilie. — Dans mon pays, il serait mis en prison, monsieur le président, ajoutai-je. – Ah ! fit-il en balayant l’air de son bras, vous les connaissez comme moi ces intellectuels parisiens. Ils sont si obsédés de paraître libéraux, surtout en ces matières si délicates, qu’ils errent. »
Denise Bombardier était convaincue que ce pédophile criminel n’aurait pas de défenseur dans les médias. Erreur de jugement de sa part. Car surgirent deux salopards parmi les salopards plus prudents :
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Josyane Savigneau, journaliste responsable du Monde des livres de 1983 à 2005, signa le 30 mars 1990 un papier à la défense de Matzneff, titré L’homme qui aime l’amour. Dans lequel elle l’encensait en osant affirmer « qu’il ne viole personne » et que « Denise Bombardier a eu la sottise d’appeler à l’arrestation de Matzneff, au nom des “jeunes filles flétries” par lui… Découvrir en 1990 que des jeunes filles de 15 et 16 ans font l’amour à des hommes de trente ans de plus qu’elles, la belle affaire ! »
Trente ans plus tard, en décembre 2019, alors que Matzneff est enfin mis en cause pour ce qu’il est, suite à la publication du livre de Vanessa Springora Le Consentement, Josyane Savigneau persiste à le soutenir : « Je ne change pas d’avis sur Matzneff parce que la chasse aux sorcières a commencé. Et lui sait écrire au moins ! » Elle dénonce la « moraline » qui sévirait dans les Lettres.
A quoi réplique Bombardier : « Si Matzneff est un délinquant sexuel et qu’il a commis des actes punissables par la loi, il doit passer en justice, et c’est tout. Rien à voir avec la « moraline ». A moins que condamner un délinquant soit de la moraline. Qu’il s’exprime librement, mais qu’il rende compte de ses actes. Des gangsters ont publié des livres pour raconter leurs exploits, leurs braquages, leurs évasions. Il serait stupide d’interdire leurs livres, mais tout aussi stupide de penser qu’ils ne méritaient pas la prison pour autant. »
Et sur Twitter, la même année, Savigneau atteint inévitablement le point Godwin (qui consiste à comparer l’argument de l’interlocuteur avec une opinion nazie ou à le traiter de nazi) : car « dénoncer Matzneff ressemble à ce qui se faisait à la pire époque de la deuxième guerre mondiale ».

Jacques Bouveresse
Pire encore : une lectrice lui reproche cette forme choquante de soutien à Matzneff : or cette femme s’appelle Rozenberg. Une juive ! Alors l’infecte Savigneau : « Votre nom aurait dû vous inciter à plus de réflexion sur les dénonciations. » Les juifs ont été dénoncés, donc ils ne devraient pas dénoncer à leur tour ! On appréciera la sale escroquerie polysémique consistant à confondre dénoncer, c’est-à-dire livrer à la Gestapo des victimes innocentes, et dénoncer, simplement dévoiler, critiquer, les agissements d’un personnage odieux.
Je me souviens comment l’immense philosophe Jacques Bouveresse réduisit Savigneau à ce qu’elle est.
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Philippe Sollers, lui, le délicat, traita le 19 mars 1990 Denise Bombardier de « connasse, mégère et mal baisée ». Je ne développerai pas davantage : ces mots de Sollers suffisent à faire apprécier le personnage…
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Abonné au Monde durant 40 ans (1968-2008) resté lecteur assez régulier ensuite, je n’ai jamais apprécié le fascicule hebdomadaire Le Monde des livres de Savigneau. Quant à Sollers, je n’ai jamais pu finir l’un de ses bouquins. Je ne suis pas près de changer d’avis !
7 novembre 2025

Denise Bombardier
