2025 07 23 : L’Accident de piano – film

Magalie Moreau (Adèle Exarchopoulos) constate un jour qu’elle est atteinte d’insensibilité congénitale à la douleur, une pathologie extrêmement rare. Progressivement elle tourne en dérision cette affection en réalisant des vidéos d’incidents de la vie courante ne lui provoquant donc aucune douleur.

Puis elle a l’idée d’en tirer revenus par des clips sur des réseaux sociaux, de mieux en mieux rémunérés en proportion de ses followers de plus en plus nombreux. Au point de s’adjoindre Patrick Balandras, assistant – factotum – garde du corps (Jérôme Commandeur), pour l’organisation pratique et le tournage de ces vidéos.

Voilà qu’un jour, devenue une célébrité des réseaux sociaux, elle est contactée par Simone Herzog, une journaliste (Sandrine Kiberlain) qui, ayant eu connaissance d’un grave accident de tournage dans lequel Magalie fut impliquée, exerce un chantage pour obtenir d’elle une interview exclusive à sensation.

Quentin Dupieux nous livre ici une comédie certes, mais plus que noire, macabre : un film d’horreur sociologique et comique. Avec toutefois à la fin une morale symbolique dont évidemment je ne dirai rien.

Les acteurs sont époustouflants : Adèle Exarchopoulos, qui a su magnifiquement s’enlaidir, exprime avec délice l’amoralité de l’influenceuse, dont l’insensibilité n’est pas seulement physique mais spirituelle. Jérôme Commandeur parvient à nous donner envie de botter les fesses à cet « assistant » qui supporte toutes les vexations. Sandrine Kiberlain est plus vraie que nature dans un rôle de petite merde éditoriale qui affuble son appât du gain de grands principes journalistiques sans cesse répétés.

23 juillet 2025

PS du 28 août 2025 : Sortant de la séance, j’avais lu dans quelque presse moralisatrice que ce film est exagéré, que Dupieux sous prétexte de dénoncer des dérives sociétales dévoile surtout son propre manque de croyance et d’empathie, qu’en fait de réalisme il est invraisemblable, qu’il exprime le cynisme, la misanthropie décomplexée, qu’il s’érige moraliste branchouille avec une désinvolture irritante, etc.

Or la sinistre histoire qui vient d’être révélée ces jours derniers, de Raphaël Graven, streameur qui sous le pseudo de Jean Pormanove s’est prêté plus ou moins de son plein gré à des séances de brutalités et d’humiliations plus ou moins simulées, souffre-douleur plus ou moins volontaire pour satisfaire au plaisir de milliers de sadiques sur la plateforme Kick, démontre que la réalité peut être pire encore que la fiction. Pire !

Alors, que les critiques qui ont fustigé Dupieux rentrent dans leur niche au lieu d’aboyer…