De tout temps, en fait, il y eut des tics de langage, éphémères ou durables : en fait, des marqueurs discursifs, des mots béquilles.
Mais depuis quelques mois en fait, il ne s’agit plus d’une locution vide de sens donc un peu dérisoire, mais en fait d’un bref psittacisme agaçant à entendre et subir sans cesse. Car en fait revient dans la bouche de très nombreux interlocuteurs, par ailleurs intéressants en fait et nullement stupides, deux ou trois fois par phrase, en fait des dizaines de fois dans une conversation de dix minutes, et à la radio, à la télé, dans les conférences. En fait, une calamité vous dis-je !
Ma détestation des emprunts lexicaux US, preuve indiscutable de l’invasion impérialiste du prétendument soft power yankee, m’a persuadé que ce tic de langage français est, en fait, la transposition grégaire de leur locution in fact qu’ils emploient, eux, depuis des décennies : quand j’étais gamin j’entendais déjà des Américains truffer leur propos de in fact.
8 février 2023
