2020 01 26 : D’Amália Rodrigues à António Zambujo, fado ! fado ! fado !

J’ai fait l’essai : parlez à vingt de vos amis français du fado portugais :

► Quinze ou seize citeront évidemment Amália Rodrigues (morte en 1999, elle aurait cent ans cette année).

► Trois ou quatre ajouteront une chanteuse de la génération qui lui succéda : Maria da Fé (75 ans), Mísia (65 ans) ou de celle qui suivit : Cristina Branco (47 ans), Mariza (46 ans), Mafalda Arnauth (45 ans), Katia Guerreiro (44 ans), Ana Sofia Varela (43 ans), Ana Moura (40 ans), Joana Amendoeira (38 ans), Carminho (35 ans).

► Mais aucun – j’ai fait l’essai, vous dis-je ! n’évoquera un homme. Pourtant il y eut de nombreux fadistes :  Alfredo Duarte (il aurait 119 ans), Fernando Machado Soares (il aurait 90 ans), Fernando Maurício (il aurait 87 ans), Carlos do Carmo (80 ans).

Comme si la relative rareté de ces hommes était de surcroit effacée dans la représentation qu’on en garde parce que la Reine du fado était une femme.

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D’autant qu’Amália fut instrumentalisée, sans vergogne, comme image officielle de la dictature salazariste. Malgré qu’elle ait chanté en 1962, donc en pleine dictature, la magnifique Abandono, dont les paroles explicites la firent immédiatement renommer en cachette Fado de Peniche, nom de la prison politique du régime :

Por teu livre pensamento
Foram-te longe encerrar
Tão longe que o meu lamento
Não te consegue alcançar
E apenas ouves o vento
E apenas ouves o mar

Levaram-te a meio da noite
A treva tudo cobria
Foi de noite numa noite
De todas a mais sombria
Foi de noite, foi de noite
E nunca mais se fez dia.

Ai! Dessa noite o veneno
Persiste em me envenenar
Oiço apenas o silêncio
Que ficou em teu lugar
E ao menos ouves o vento
E ao menos ouves o mar.

À cause de ta libre pensée
Ils t’ont enfermé au loin,
Si loin que ma plainte
Ne peut t’atteindre.
Et tu n’entends que le vent
Et tu n’entends que la mer.

Ils t’ont emmené au cœur de la nuit
Les ténèbres couvraient le monde.
Il faisait nuit ; c’était la nuit
La plus sombre de toutes.
Il faisait nuit, il faisait nuit
Et le jour ne s’est plus jamais levé.

Ah ! le poison de cette nuit
Ne cesse de m’empoisonner.
Je n’entends que le silence
Qui t’a remplacé.
Au moins, tu entends le vent,
Au moins, tu entends la mer !

Amalia Rodrigues – Abandono

Pourtant certains cherchèrent chicane à Amália après la Révolution des Œillets en 1974. Le président François Mitterrand ne s’y trompa pas, qui en 1990 lui remit personnellement la Légion d’honneur.

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Revenons à nos fadistes : il y a quelques jours je suis allé écouter, pour la troisième fois, Mísia la grande (au moins 1 m 60, la Piaf portugaise !) et j’eus le bonheur d’entendre aussi et enfin António Zambujo (44 ans) ; où ça ? à La Cigale bien sûr, haut lieu de la musique portugaise et cap-verdienne à Paris.

Alors aux 100 % de mes amis qui ignorent tout des fadistes masculins, je leur offre l’amuse-oreille qui va les inciter à prêter attentivement et longuement leurs deux oreilles à António Zambujo, e rapidamente por favor

Antonio Zambujo – la Cigale – Em quatro luas

Et un bonus qui montre, si besoin était encore, l’attachement de ces artistes lusophones au meilleur de la culture française :

Antonio Zambujo – la Cigale – La chanson de Prévert – Serge Gainsbourg

26 janvier 2020