2017 07 22 : Avec le temps, les écrivains… 1 Dino Buzzati

Cet été, je me suis dit « je vais relire les romanciers italiens que j’ai aimé dans ma jeunesse et n’ai jamais refréquenté depuis ». Pas par nostalgie nunuche mais par curiosité, pour voir comment mon opinion a évolué.

Car si nous pouvons jauger assez lucidement la transformation objective de notre physionomie ou de notre condition physique, il est par contre difficile de mesurer le changement de nos opinions du fait que le souvenir de nos conceptions originelles a vieilli lui aussi.

Alors, Dino Buzzati ?

Plutôt que d’avoir à choisir l’un de ses célèbres romans ou recueils de nouvelles « incontournables » : Le Désert des Tartares, Panique à la Scala, Un amour ou Le K. j’ai préféré Barnabo des montagnes et je n’ai pas été déçu.

Ce fut son premier roman, paru en 1933, à 27 ans. L’intrigue est simple voire sommaire : Barnabo est garde forestier dans les montagnes des Dolomites, lorsque son chef est tué, vraisemblablement par des contrebandiers. Dès lors le seul objectif, la volonté obstinée de Barnabo sera de le venger en parvenant à prendre dans sa ligne de mire ces bandits, un peu surnaturels car on les entend mais ne les voit jamais.

Quant au style, il est d’une simplicité remarquable. Dans ce cadre alpestre sauvage et grandiose, on pourrait voir Buzzati s’abandonner à des digressions lyriques ; au contraire, lorsqu’il exprime le mystère voire le fantastique de la forêt, des cimes et des cols, il parvient à le faire avec une grande sobriété de moyens narratifs ou plutôt descriptifs car il ne se passe pas grand-chose dans cette quête de vengeance. Cette élégance de style signe évidemment une pareille élégance d’esprit, celle que possèdent nombre d’Italiens, à l’opposé de l’image d’opportunisme et de volubilité creuse que souvent on leur donne et que parfois ils se donnent.

Relisant ce texte, j’éprouvai donc au même degré le charme que j’en avais ressenti 50 ans plutôt. En sus, me vinrent des réminiscences que je n’avais pu éprouver à la première lecture puisqu’elles concernaient une période de ma vie qui lui fut postérieure de dix ans.

Dans le Haut-Pays niçois, au relief et à la végétation, sinon au climat, proches de celui des Dolomites, j’ai connu des hommes obstinés et désintéressés comme Barnabo, chez lesquels prévalait aussi une absence de brutalité qui leur interdisait tout geste violent… à la différence d’autres contrées ou îles méditerranéennes voisines, où l’on a le coup de fusil facile.

Paisibles, les gens du Haut-Pays niçois ?

Pourtant, combien de dizaines de fois suis-je passé devant le Saut des Français…. Lequel tient son nom d’un épisode historique vers 1792, quand des soldats républicains furent précipités du haut de cette falaise de 300 mètres par des Barbets, habitants de Duranus, sorte de Chouans locaux. Mais c’est, selon certains une légende inspirée d’un fait divers isolé, et pour d’autres, une action de représailles contre les atrocités que ces soldats français avaient perpétrées…

22 juillet 2017